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Bouvet Rame Guyane

Pascal Vaudé : "J’ai bouclé la boucle en remportant cette édition"

mardi 6 mars 2012Redaction SSS [Source RP]

Un crachin accompagnait l’arrivée victorieuse de Pascal Vaudé ce matin. Un crachin genre breton sinon que la température est déjà douce au jour levant. L’eau jaune/marron charriée par les fleuves voisins ne donne pas envie d’aller se baigner. La mer levée par les hauts fonds est brutale et escarpée. Pascal a vécu ces dernières 48 heures en mer non sans une pointe d’anxiété vu le temps ponctué par les grains parfois violents et un courant puissant.

Après avoir franchi la ligne établie à environ 5 milles de la rive entre l’îlot de l’Enfant et une bouée plus au nord, le rameur solitaire a été pris en remorque par la vedette à moteur pilotée par Patrick Deixonne, un ancien de la Bouvet Guyane. Il était 07 heures et 10 minutes locales. Pascal, habillé d’un short bleu et d’un T shirt jaune à manches longues rayonnait de joie. Il salua ses amis venus à sa rencontre, brandit les deux fusées de la victoire comme le veut la tradition, puis plongea dans la mer agitée pour venir embrasser sa mère à bord d’un bateau voisin. Pascal était ému, on le serait à moins, visiblement heureux d’en finir avec cette Transat à la rame, et dans une forme physique étonnante après un tel périple. L’homme a parfaitement maîtrisé sa course et affichait un calme imposant à l’arrivée.

Propos recueillis

Les dernières 72 h :

« Comme tous les matins, j’ai téléchargé samedi matin mes e-mails et les infos de mes routeurs et je remarque qu’ils se sont un peu plantés sur ma dérive. Je suis par 4°09’alors qu’ils me plaçaient au 4°13’. Ils me donnent un Way point à 4°25’ pour le soir. Samedi a été sûrement une des plus grosses journées d’aviron que j’ai faites. J’ai ramé 12 heures effectives jusqu’à 20 H 30 le soir pour atteindre ce Way point. Et je l’ai atteint avec... 7 mètres d’écart. Ensuite je n’ai quasiment pas ramé la journée de dimanche. Hier lundi je n’ai pas ramé non plus. J’ai regardé trois films coup sur coup. C’est la première fois que cela m’arrivait depuis le départ de Dakar. Et puis gros coup de panique hier soir à 19 h avec le vent et le courant qui me rabattaient sur la côte. Et là j’ai cru que je n’arriverai pas à passer la ligne d’arrivée principale. Du coup je me suis remis aux avirons de 21 H à 3 H du matin pour reprendre ce que j’avais perdu. Et à 3 H du matin, j’ai bénéficié du changement de marée et du courant descendant. J’ai arrêté de ramer car ce n’était plus nécessaire : le courant m’emmenait sur la ligne d’arrivée principale. Ces trois derniers jours, le vent était assez fort, la mer aussi et le courant de Guyane poussait bien. Pour donner un exemple, hier à 17 h à j’ai essuyé un grain. J’en ai profité pour me rincer debout sur le bateau, les bras écartés, j’ai jeté un coup d’œil au GPS : j’avançais à 6 nds en dérive. Et ça a duré une demi-heure ».

Une journée type à bord de Marine Marine Marine nationale & Loisirs :

« Réveil au lever du jour, une demi-heure à charger les mails de routage, à se faire chauffer de l’eau et prendre le petit déjeuner. En gros vers 7 H 7/30 au plus tard, on prend les avirons jusqu’à 13/13 H 30 avec des pauses au bout de la deuxième heure de 10’ toutes les heures. Je m’arrête pour déjeuner une heure et ensuite je reprends les avirons jusque vers 18 heures au coucher du soleil. A 19 H je me fumais rituellement un petit cigare accompagné d’un petit Ricard. Ensuite manger et dodo à partir de 21 h 30 au plus tard jusqu’au lendemain ».

Galères physiques :

« Au début de la course j’ai rapidement souffert d’irritations au postérieur que j’ai pu calmer. Mais ça m’a bien gêné pendant 15 jours. Aussi une douleur musculaire permanente m’a gêné au niveau de l’épaule gauche tout au long de la traversée. Sinon on se prend des coups de rames sur les genoux et les tibias à longueur de journée. Ca fait partie du quotidien du rameur océanique. Je n’ai pas souffert des mains mais surtout des fesses en fin de journée. Et en fin de traversée quand on a perdu quelques kilos. On pèse sur les os et ça fait mail ».

Pascal qui pense avoir perdu une dizaine de kilos durant la traversée s’est bien ébouillanté sur le mollet gauche ça fait 5 jours. La trace en est encore bien visible.

De se retrouver premier après 8 jours de course lui a mis le pied à l’étrier.

« Ca m’a passé l’envie de pêcher alors que j’avais la canne à poste à longueur de journée. En plus sur les ¾ du parcours, on a eu énormément d’algues en surface qui dissuadaient de pêcher. Au total j’ai quand même pris trois dorades coryphènes que j’ai rejetées à l’eau et dimanche après midi un thon. Mais celui là, il est passé à la casserole ».

Sa priorité est désormais de retrouver sa famille. Et quand on lui demande s’il reviendra sur la Bouvet Guyane, il répond non :

« J’ai bouclé la boucle en remportant cette édition ».

Est-ce qu’il fera d’autres courses à la rame ?

« Je ne sais pas (silence) ... Pas tant que mes gamins ne me traiteront pas de vieux c... ».

Autrement dit le Guyanais pourrait se remettre à l’ouvrage en d’autres circonstances.

Quid de la suprématie guyanaise qui est bien partie pour placer ses six représentants dans les 7 premiers ?

« Ca veut dire simplement que l’élite de la rame océanique française vient de Guyane... Y a eu une bonne préparation et surtout une symbiose qui nous avait manqué en 2009 avec une vraie solidarité à l’intérieur du Team Guyane. On est arrivé à Dakar presqu’au top sans que personne ne le sache ».

- Info presse www.bouvet-guyane.com



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