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Tour du monde en solitaire

Thomas Coville : "le retard que j’ai me ronge"

Le solitaire passe le Cap Horn avec 1314 milles de retard sur le parcours d’IDEC

dimanche 28 décembre 2008Redaction SSS [Source RP]

Le Cap Horn représente tout de même quelque chose de particulier dans la vie d’un marin. Même si pour le marin en question, ce n’est pas une première [2], c’est la première fois en multicoque et en solitaire.

Thomas Coville qui tente de battre le record Record #sailingrecord du tour du monde à la voile détenu par Francis Joyon s’est présenté ce dimanche à 20 heures et 42 minutes (heure de Paris) devant le rocher mythique surnommé Cap Dur ou encore Cap des Tempêtes.

Des surnoms pas forcément usurpés comme c’est le cas ce soir avec « une mer très forte dans des vents qui passent brutalement de 12 à 30 nœuds ». Des conditions au final relativement maniables après ce qu’il vient d’endurer. Le skipper de Sodeb’O a vécu ces derniers jours des heures particulièrement éprouvantes.

Tout a commencé par deux jours de veille à slalomer dans des zones de glace avec potentiellement des risques très importants où « on a trouvé un trou de souris entre deux amas ». Il faut imaginer la tension qui règne à bord : « Tu vas très vite et tu as des glaces tout autour de toi avec une visibilité très réduite. On avait prévu un renforcement du vent qui s’est manifesté sous la forme d’une dépression très creuse avec des rafales à 50 nœuds et une mer croisée et dure. Ce fut difficile pendant 24 à 36 heures à naviguer dans des creux de six à huit mètres.

Tu dévales en bas de la vague, tu es déventé, alors qu’en haut il y a 40 à 50 nœuds qui te font partir dans des surfs où tu ne gères plus. La vague suivante te catapulte ou te met de travers. C’est une situation très impressionnante, à tel point que le pilote s’est mis deux fois en vrille. Le bateau est parti à l’abattée dans une vague et là j’ai vraiment cru que j’allais chavirer. J’ai dérapé sur le côté de la vague, la bôme est passée de l’autre côté et à de nouveau tout arraché sur son passage.

Après le passage de cette dépression, j’ai voulu renvoyer de la toile dans le vent qui mollissait pour éviter que le flotteur au vent ne cogne trop et là, je me suis fait prendre dans une rafale à 50 nœuds. Le mouvement de la vague a fouetté la grand voile qui s’est dégonflée puis regonflée. Au final, quatre lattes de cassées ». Il faut savoir que changer les lattes tout seul sur un multicoque est une opération titanesque. La plus petite mesure cinq mètres et la plus grande neuf mètres. Ce qui pour Thomas a représenté sept heures de travail, le tout dans un froid à attraper des engelures au bout des doigts.

Passer le Cap Horn en multicoque et en solitaire ? Le skipper de Sodeb’ O reconnaît sa satisfaction : « Même si le retard que j’ai me ronge, je garde en moi cette détermination et la satisfaction d’être avec un bateau avec lequel je me sens très bien, un bateau qui réagit parfaitement, qui n’a subi que des avaries minimes malgré les conditions très dures. De passer le Horn avec Sodeb’O me fait un plaisir immense. Le Horn, c’est une sorte de délivrance. De Bonne Espérance au Horn, s’il t’arrive une tuile, tu es dans une situation très critique surtout dans un programme de solitaire et de record Record #sailingrecord où tu n’as autour de toi que la solitude. En multicoque, tu es très exposé.

Après le Horn, tu as une côte, du trafic. La pression est différente et te permet d’être dans un autre état d’esprit. Quand on voit l’état de la flotte du Vendée Globe, on peut être fier du bateau que nous avons construit. Je comprends aussi mieux pourquoi Groupama 3 s’est détruit l’hiver dernier. On est dans une période météo difficile avec des enchaînements violents et très rapides. Quand tu es dans un seul système, il ne se crée pas une telle mer. Alors que quand tu vis avec une succession de dépressions, la mer devient très chaotique et très dure ». Et le skipper de Sodeb’O de conclure à quelques milles de la fin d’un Pacifique qui n’en porte que le nom : « On n’est vraiment pas fait pour vivre dans ces endroits là ».

IDEC avait mis 35 jours, 12 heures et 36 minutes pour franchir ce troisième grand cap. Même si Sodeb’O a mis environ 40 jours à rallier le Horn, son écart avec le détenteur est passé désormais de 1314 milles.

Info presse Publicis Link /www.sodebo-voile.com


[1Thomas a déjà passé cinq fois le Cap Horn : En 1997, pendant le Jules Verne à bord de Sport-Elec avec Olivier de Kersauson, en 1998 d’Est en Ouest avec Yves Parlier sur la Route de l’Or (New York-San Francisco) à bord d’Aquitaine Innovations, en 2000 en solitaire sur le Vendée Globe à bord de Sodeb’O, en 2002 en équipage sur la Volvo Ocean Race à bord de Djuice et en 2005, à nouveau en équipage à bord du maxi-catamaran Doha 2006 durant l’Oryx Quest.

[2Thomas a déjà passé cinq fois le Cap Horn : En 1997, pendant le Jules Verne à bord de Sport-Elec avec Olivier de Kersauson, en 1998 d’Est en Ouest avec Yves Parlier sur la Route de l’Or (New York-San Francisco) à bord d’Aquitaine Innovations, en 2000 en solitaire sur le Vendée Globe à bord de Sodeb’O, en 2002 en équipage sur la Volvo Ocean Race à bord de Djuice et en 2005, à nouveau en équipage à bord du maxi-catamaran Doha 2006 durant l’Oryx Quest.


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