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Volvo Ocean Race

Sidney Gavignet et Laurent Pagès, les frenchies de la VOR

L’un est Chef de quart sur Puma Ocean Racing et l’autre sur Telefónica Blue

jeudi 25 septembre 2008Information Volvo Ocean Race

Le coup d’envoi de la Volvo Ocean Race Volvo Ocean Race #VolvoOceanRace est imminent. Il ne reste plus que dix jours aux 8 équipes pour peaufiner à terre et sur l’eau les derniers préparatifs et les derniers réglages. Team Russia a achevé mardi la réparation de son mât endommagé lors de sa livraison à Alicante et Delta Lloyd, le 8e syndicat inscrit il y a moins d’un mois, poursuit la sélection de son équipage. Il reste encore 6 places à pourvoir sur le bateau battant pavillon hollandais.

De jeunes marins, présélectionnés pour leurs expertises accumulées sur des bateaux prestigieux comme ABN AMRO TWO, Brunel, Mean Machine, Alinghi ou bien encore Chieftain sont en ce moment à Alicante pour tenter de décrocher un embarquement. La liste définitive de l’équipage sera annoncée le samedi 4 octobre, à la veille de la régate in shore, première des 17 manches que compte cette édition 2008-2009.

Pour cette 10e édition de la course autour du monde en équipage avec escales, deux Français occupent un poste à responsabilité dans deux équipages différents, le parisien d’origine savoyarde Sidney Gavignet qui en est à son 4e tour du monde et le charentais-maritime, Laurent Pagès, plus habitué aux régates in shore qu’aux grandes chevauchées océaniques. A dix jours du départ, ils livrent quelques impressions sur la Volvo Ocean Race Volvo Ocean Race #VolvoOceanRace , sa philosophie et ses enjeux sportifs.

Sidney, vous abordez votre 4e course autour du monde en équipage. La première vous l’aviez disputée en 93-94 aux côtés d’Eric Tabarly sur le maxi La Poste alors que l’épreuve s’appelait encore la Whitbread. Vous avez ensuite disputé deux Volvo, l’une sur Assa Abloy en 2001-02, où vous aviez fini 2e, puis sur ABN AMRO One en 2005-06, édition que vous avez remportée. Vous êtes donc un vétéran de cette épreuve, pouvez-vous dresser un portrait de cette course et de ce qu’elle représente pour vous ? - Sidney : Pour nous, marins et public français, il y a trois gros événements de voile : l’America’s Cup America's Cup #AmericasCup , le Vendée Globe et la Volvo Ocean Race Volvo Ocean Race #VolvoOceanRace . C’est donc l’un des trois monstres de la course à la voile.

Laurent, vous êtes un nouveau venu sur ce circuit de la Volvo Ocean Race. Dans votre imaginaire que représente cette course ? Avez-vous suivi la dernière édition qui s’est déroulée en 2005-06 et à laquelle participait Sidney à bord de ABN AMRO One et Sébastien Josse comme skipper de ABN AMRO Two ?
- Laurent : Oui, j’ai attentivement suivi cette édition 2005-06. C’est une course qui fascine tous les passionnés de voile, que ce soit à travers des magazines ou en étant actif. Je pense que beaucoup de gens ont suivi les exploits de Sidney qui l’a brillamment remportée. C’est, comme l’a très bien résumé Sidney, un événement incontournable dans la voile sportive ou dans la carrière d’un marin professionnel. Je suis très fier de faire partie de l’un des équipages. Sidney, je pense que nous sommes tous les deux très chanceux d’être au départ de cette course et de faire partie de deux très bonnes équipes, Telefónica Blue pour Laurent et Puma pour moi.

Laurent, après 18 mois de préparation intensive passés dans le team Telefónica, quelles sont vos impressions ? Avez-vous des appréhensions ?
- Laurent : Je devrais peut-être demander des conseils à Sidney ! Je me sens un peu comme un boxeur avant de monter sur un ring. On a fait beaucoup de choses depuis 18 mois. On a le sentiment d’être prêt même si on a toujours beaucoup de temps devant nous et qu’on espère finaliser notre préparation. Mais il est temps de se mettre en place sur la ligne de départ et de commencer le long chemin.

Sidney, quels conseils donneriez-vous à Laurent ?
- Sidney : Je n’ai pas de conseil spécial mais sa réponse, lorsqu’il parle de boxeur avant d’entrer sur un ring, est intéressante car dans ma tête, lorsque je pars pour une course, je pars aussi au combat. Ce n’est pas une vraie guerre mais je pars pour me faire mal et pour que ça fasse mal aux autres. On ne part pas pour une croisière autour du monde, on part pour faire notre guerre.

Sidney, vous avez remporté l’édition précédente, pourquoi revenir en 2008 ?
- Sidney : Pour la regagner.

Laurent, vous êtes loin de votre culture, principalement liée au match racing, et à la régate, qu’est-ce qui vous a amené à accepter cet embarquement au long court ?
- Laurent : Avec mon expérience qui est assez différente, on ne pense même pas à refuser une telle opportunité. C’est une énorme chance. Il faut surtout bien faire pour ne rien regretter et empêcher Sidney de regagner.

A bord, vous occupez tous les deux le même poste, celui de chef de quart, pouvez vous expliquer les responsabilités de ce poste à bord d’un VO 70 ?
- Laurent : En deux mots, l’organisation Organisation #organisation à bord tourne autour de deux quarts de quatre personnes. Le chef de quart organise la période de 4 à 6 heures, en fonction des moments ; mais cela peut varier un peu d’une équipe à l’autre. Il gère le temps de ces quatre personnes et surtout il s’assure de faire avancer au mieux le bateau avec ces équipiers sur le pont selon la stratégie décidée. Cela représente beaucoup de responsabilités pour moi, c’est ma première épreuve. Je sais que je ferai des erreurs mais je ferai de mon mieux et avec beaucoup de passion.

Comment décririez-vous les 24h types à bord d’un VO Open 70 en course ? On peut imaginer que ces 24h ne sont pas identiques selon qu’on approche du cap Horn, ou que l’on traverse le Pot au Noir.
- Sidney : Pour moi, les responsabilités sont toujours les mêmes. La première c’est la sécurité, l’édition précédente nous a rappelé que l’on ne joue pas sur l’eau car des vies peuvent être mises en danger. La seconde responsabilité, c’est la vitesse Vitesse #speedsailing du bateau, on est responsable du tempo donné à l’équipe qui est sur le pont. Que ce soit dans le petit temps dans le Pot au Noir ou au cap Horn, c’est la même chose. Il faut aller très vite avec du vent, et plus vite que les autres quand il y a moins de vent.

Les régates côtières sont de nouveau au programme de l’édition 2008-2009, pouvez vous nous expliquer quels en sont les enjeux ?
- Sidney : Dans ces régates, on navigue au contact les uns des autres, sur un parcours très court et avec un public qui vous voit depuis la terre. Je n’ai aucune appréhension quand j’aborde les régates in shore, hormis celle de partir sur l’eau comme à chaque fois. Les courses in shore sont toujours très fun, contrairement à l’offshore où c’est un effort de la longue haleine, pas toujours très drôle à bord. J’ai de très bons souvenirs des in shore, car lorsque tout marche bien avec l’équipage, on se régale vraiment. Je me souviens d’avoir eu des sourires énormes en pleine régate tellement je m’éclatais. De plus, cette année on peut espérer que les équipages se rencontreront plus souvent ; comme il y a six ans, où les bateaux naviguaient plus au contact les uns des autres.

Pensez-vous que la course côtière du 4 octobre influencera l’atmosphère à bord pour le reste de la campagne ?
- Sidney : Sans vouloir mettre de l’huile sur le feu, pour Telefónica en Espagne, il doit y avoir de sacrés enjeux !
- Laurent : Tout est déjà très bien en place et la course est très longue. Le 4 octobre, je pense que le fait de rentrer dans la compétition sera extrêmement libératoire, très positif psychologiquement. Peu importe ce qui se passe sur l’eau ce jour-là, tout le monde sera très content de donner le maximum pour gagner.

La course au large est depuis longtemps inscrite dans la tradition maritime française, comment expliquez-vous le fait qu’il n’y ait pas de skipper ou d’équipe française engagés dans cette édition. Est-ce un problème de culture maritime, de budget ?
- Sidney : On espère que les choses changeront pour la prochaine édition, car il semble que l’organisation Organisation #organisation soit bien motivée pour qu’un bateau français y participe et nous en serions bien sûr très heureux. Comme le solitaire est très fort en France, il n’y a que le Vendée Globe et la Route du Rhum Route du Rhum #RouteDuRhum qui aient des retombées médias très importantes. De plus, ces courses nécessitent des budgets moins conséquents que ceux de la Volvo Ocean Race. C’est pourquoi il est difficile de trouver des sponsors qui auraient la ‘stature’ d’ouvrir cette fenêtre sur le monde. Maintenant, comme la prochaine édition de la Coupe America n’est pas encore en place, on peut espérer qu’il y ait des transferts de sponsors.

Pensez-vous que votre présence à tous les deux sur cette édition pourrait motiver d’autres marins français à participer à la prochaine Volvo Ocean Race ? Avez-vous parlé à d’autres marins qui seraient éventuellement intéressés ?
- Laurent : Je parle souvent avec des amis français qui sont du métier et beaucoup aimeraient être là.

Est-ce que c’est un format de course qui les intéresse a priori ?
- Laurent : Tout passionné de voile aimerait participer à la Volvo Ocean Race, même s’il y a beaucoup de souffrance. C’est une des très belles épreuves qui existent dans notre sport. Ce n’est pas par manque de marins qu’il n’y a pas de projet français et un projet français aurait toutes ses chances de bien figurer dans ce genre d’épreuve.
- Sidney : Ce qu’il y a de particulier dans notre profil, à Laurent et à moi, c’est que nous sommes Français pur souche, pur beurre mais que nous avons aussi un côté anglo-saxon déjà par le fait que nous parlons anglais. Ne pas parler anglais barre la route à de très bons coureurs français, car très souvent les équipes ne les prennent pas à cause de la barrière de la langue. Pour aligner un bateau français sur la ligne de départ de la prochaine, il nous faudrait bien-sûr un sponsor car l’argent est le nerf de la guerre. Le problème ne vient pas du manque de coureurs français car tous rêveraient de participer à la Volvo Ocean Race.

Propos recueillis par Chloé Daycard à Alicante.



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