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Volvo Ocean Race • étape 4

ABN Amro One premier au Cap Horn

Sidney Gavignet : « L’idée était de sprinter jusqu’au Horn et d’enclencher sur une autre course jusqu’à Rio »

jeudi 2 mars 2006Information Volvo Ocean Race

Les 3,5 points du passage au Cap Horn sont attribués à... ABN Amro One, depuis 13h38 (heure de Paris). Le leader du classement général du tour du monde en équipage remporte encore la mise à la sortie du Pacifique et avant de remonter le long de l’Amérique du Sud pour rejoindre Rio de Janeiro distante d’encore 2200 milles. Derrière, la chasse est lancée et les secours annulés pour l’équipage espagnol de Bouwe Bekking qui a bien cru devoir abandonner le bateau qui coulait. Tout est réparé pour movistar et la course continue. L’occasion donc de faire le point avec un des barreur d’ABN Amro One, le Français Sidney Gavignet.

Quelle est la situation à bord de ABN AMRO ONE ?
- Sidnet Gavignet : Tout va bien. Le bateau est encore en un seul morceau. On est à 20 milles du Cap Horn. On en bave un peu parce qu’il y a une mer énorme. Ce matin, j’ai eu les deux heures de barre les plus brutales que j’ai eues sur ces VO 70 jusqu’ici. Nous passons notre temps à essayer de trouver les moyens de ne pas trop brutaliser le bateau. C’est pour cela qu’on s’est fait reprendre pas mal de milles par les Pirates (de Paul Cayard). Nous sommes allés délibérément doucement pendant quelques heures pour éviter la casse. Pour nous, si on passe le Horn avec juste deux milles d’avance, c’est suffisant pour que nous reportions le maximum de points.

Quelques mots sur la puissance de vos VO 70 ?
- SG : Nous avons eu ces jours-ci des accélérations fulgurantes. Tony Mutter, l’un de nos équipiers néo-zélandais qui n’est pas très facile à impressionner était sidéré de nos accélérations sous spi. Plus nous nous rapprochons de la terre, plus la grande houle se transforme en une mer hachée sur laquelle le bateau part facilement au surf Surf #Surf . En ce moment, nous avons plus de 6 mètres de creux, assez vertical. Nous avons des vagues qui déferlent sur l’arrière du bateau. Nous nous prenons des montagnes d’eau sur le pont. Mais le bateau tient le coup. On a rien cassé d’important. Donc, on fait le dos rond jusqu’au Horn et après cela va vite se calmer. Le soleil est juste derrière. Hopefully....

Pour ce passage, vous êtes à fond dans le mythe du Cap Horn ?
- SG : Oui. Complètement. Le soleil s’est levé pendant mon quart de 2 heures que je viens de terminer. C’est très impressionnant. J’ai la chance de voir cet endroit dans toute sa force. C’est la troisième fois que je le passe, mais la première fois en tête. C’est un sentiment très particulier. Mais je suis heureux également parce que le Horn, c’est aussi le signe de la libération et des promesses de soleil.

Vous êtes fatigués ?
- SG : Pas vraiment, mais il faut bien avouer qu’on en a un peu marre. Que ce soit sur le pont ou en bas dans le bateau, tout est trempé à tordre. A l’intérieur, nous sommes un peu comme dans un coffre-fort. On a condamné l’entrée principale du bateau et les mouvements entrée et sorties se font par une petite trappe située à l’arrière du bateau. Comme c’est très hermétique, il y a beaucoup de condensation à l’intérieur. Tous nos vêtements sont dégoulinants d’eau. J’ai trois couches de polaires sur le dos toutes plus trempées les unes que les autres, et ce depuis 5 ou 6 jours. Donc, c’est vrai qu’individuellement on en a un peu marre, mais heureusement cela n’atteint pas le team spirit. C’est mon 3e passage et je trouve que cette fois l’équipage n’est pas trop marqué par les conditions et réagit plutôt super bien. Mais il faut avouer que nous ne parlons pas beaucoup.

Quelques chiffres
- SG : Si cela vous amuse, j’ai calculé pour vous le nombre de passages du Horn que nous totalisons sur ABN AMRO ONE : 25 - vingt-cinq. Tous nous l’avons au moins passé une fois, à l’exception de l’Anglais Robert Greenhalgh (26 ans) qui le passera pour la première fois dans quelques minutes.

Comment avez-vous géré les attaques de Pirates et de Movistar dans cette approche du Horn ?
- SG : Pour l’instant, je reste prudent car nous n’avons pas encore récupéré les 3.5 points que le 1er va encaisser au passage du Horn. Il nous reste encore 20 milles à parcourir, mais si nous ne cassons rien cela devrait aller. La leçon est tout de même que nous sommes encore devant malgré les attaques de plus en plus soutenues de nos concurrents. Tant mieux pour la course et tant mieux pour nous. Mais, pour revenir à la gestion de ces attaques, hier nous avons vraiment géré le bateau avant tout. Nous avons calculé au plus juste les milles que l’on pouvait concéder à Movistar et à Pirates pour ralentir afin de préserver le bateau dans cette mer très hachée. Ce qui est arrivé à Movistar nous a prouvé que nous étions dans le bon choix.

Qu’est-il arrivé à Movistar ?
- SG : Cette nuit, nous avons tous reçu un message de leur bord comme quoi ils étaient entrain de couler. En fait, l’eau est rentrée par le capot de protection du puit de quille. Cette trappe est fixée avec des vis et empêche l’eau sous la pression de la vitesse Vitesse #speedsailing qui entre dans le puit de quille de se répandre à l’intérieur du bateau. A bord d’ABN AMRO ONE, quand nous allons très vite, l’eau de mer ressort à l’intérieur en geyser sur près d’1m de haut par les vis de ce capot de protection. C’est déjà très impressionnant. Je pense qu’à priori, Movistar a du exploser ce capot et l’eau, sous la pression de la vitesse Vitesse #speedsailing , s’est engouffrée à l’intérieur. Dans leur message de 4h 15 (Paris), ils demandaient à ce que Ericsson et ABN AMRO TWO, qui sont à l’arrière de la flotte, soient prêts à se dérouter pour leur prêter une assistance immédiate. Heureusement, dès qu’ils ont affalé les voiles, la pression de l’eau a baissé et ils ont réussi à maîtriser la situation. Ils ne demandent plus d’assistance pour l’instant.

Et la nourriture à bord ?
- SG : Toujours trois repas chauds par jour, mais on a pas mal de trucs qui sont fichus à cause de l’humidité. Nous avions embarqués des barres énergétiques qui sont devenues immangeables. Mais on a ce qu’il faut, de l’eau chaude, du porridge. Le luxe quoi.

Après le Horn ?
- SG : C’est une deuxième course qui va commencer. Le Horn va marquer un nouveau départ pour la flotte car nous sommes en fait assez groupés et les conditions météo vont être radicalement différentes. L’idée était de sprinter jusqu’au Horn et d’enclencher sur une autre course pour la remontée jusqu’à Rio. Pour l’instant, ce qui est prévu pour la remontée, c’est un nouveau passage d’anticyclone à mi-chemin entre le Horn et Rio qui va faire baisser radicalement nos moyennes. Donc on va tous se retrouver ensemble dans la pétole.

Ces calmes à venir ne vous inquiètent pas trop sur ABN AMRO ONE ?
- SG : Non, pas tellement. Les plans Kouyoumdjian ont déjà prouvé depuis le départ de Vigo qu’ils pouvaient très bien se sortir de des passages anticycloniques, même s’ils sont surtout impressionnants dans la brise.


Voir en ligne : Info Team ABN Amro



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