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Monocoque PRB

Drapage du moule en cours chez CDK

Vincent Riou : "La coque devrait être finie et les cloisons commencer à être montées"

samedi 8 avril 2006Redaction SSS [Source RP]

Pendant trois semaines, Hubert Desjoyeaux, directeur du chantier CDK et l’équipe technique de PRB seront seuls sur le pont puisque Vincent Riou quitte la Bretagne pour participer avec Jérémie Beyou à la Transat AG2R Transat AG2R #TALM . . Mais Vincent part en toute quiétude. Il sait qu’il a réuni autour de lui une équipe particulièrement compétente, qui s’étoffe au fur et à mesure de la construction.

Derniers arrivés : Eric Carret -auparavant boat captain du trimaran Géant- et Fanchic Laurent - déjà de l’aventure Aventure PRB lors du dernier Vendée Globe-. Ils auront particulièrement en charge la mise en place de l’équipement de pont et des systèmes de ballast. Grégoire Metz, Laurent Oudin, Kevin Escoffier et Hubert Desjoyeaux, coordinateur de la construction, sont quant à eux présents depuis le lancement de la naissance de PRB. Vincent sait qu’il trouvera à son retour un bateau transformé, plus abouti et quasiment prêt à être assemblé - l’assemblage coque / pont est prévu pour le mois de juin-. A 24 heures 24 heures Record de distance parcourue sur 24 heures du départ, il fait le point sur l’avancement de la construction de PRB et les évolutions à venir.

- Vincent Riou : « La coque est en cours de drapage, l’application de la première peau devant être terminée cette semaine. Toute l’équipe travaille maintenant sur l’équipement du pont qui attend, « rangé », dans le chantier CDK. Nous pouvons dire que nous sommes dans une période de transition : nous achevons les phases « étude » pour rentrer pleinement dans les phases de « réalisation ». La coque devrait être finie et les cloisons commencer à être montées. Cette Transat tombe finalement à un moment bien choisi car j’ai eu le temps de voir avec mon équipe ce que je voulais faire. Le mois qui vient va surtout être consacré à la construction et à la pose du composite ».

Premières couches de carbone pour le plan Farr de Vincent Riou

Le vainqueur du Vendée Globe ouvre le bal en lançant la construction d’un des premiers monocoques IMOCA Imoca #IMOCA de la nouvelle génération. Il s’agit également du premier 60 pieds open Farr construit en France puisque celui de Jean-Pierre Dick était né en Nouvelle-Zélande. Tout comme il l’avait fait autour du monde, Vincent Riou a donc résolument pris les devants...

Le vainqueur du Vendée Globe ne part pas pour autant à l’aventure Aventure puisqu’il s’appuie sur du « sûr » : le cabinet Farr, mais également un autre grand nom de la construction nautique en la personne de Hubert Desjoyeaux et du chantier CDK. La « rencontre » de ces deux « monstres sacrés » - Hubert n’a jusqu’alors construit qu’un seul plan Farr : un One-tonner dessiné par l’architecte néo-zélandais à la fin des années 80 donc sans commune mesure avec le 60 pieds à venir - constitue d’ailleurs l’une des curiosités de ce projet. Après plusieurs semaines consacrées à la fabrication des moules de coque (chez Marsaudon composites à Lorient Lorient L’actualité du port de Lorient et de sa région. ) et de pont (chez CDK), le drapage a débuté cette semaine. La pose de ces premières couches de fibres - soit l’entame de la construction à proprement dite de PRB - était l’occasion de rencontrer les principaux protagonistes.

• Les grandes étapes de la construction :
- construction du pont jusque fin février
- construction de la coque de fin février jusque mi-avril
- construction des cloisons du bateau parallèlement à la construction de la coque
- assemblage fin avril / début mai
- construction du mât avril/mai/juin (chez Lorima)
- Mise à l’eau début août

Info Effets Mer


Voir en ligne : www.prb.fr


Interview de Hubert Desjoyeaux

C’est ta première construction d’un plan Farr ?
- H.D « Non j’ai eu l’occasion de construire un one tonner en 1989 mais cela n’a aucun rapport. J’avais été marqué par la liasse de plans qui accompagnait cette commande. Tout y était dans le détail : plans de forme, structures, échantillonnages. Lorsque tu regardais ces plans, tu voyais comment fabriquer ce bateau sans te poser de questions. Cela signifiait que dès la conception, il y avait eu une réflexion très poussée sur la construction à venir et sans jamais se départir d’un indéniable sens pratique ».

Collaborer avec Farr, c’était une envie ?
- H.D « Oui et depuis longtemps puisque nous avions réfléchi à cela avec Michel pour la construction du premier PRB. Il y a l’attrait de la nouveauté et puis force est de constater que ce cabinet n’a pas fait trop d’erreurs jusqu’à maintenant... ».

Comment se passe cette nouvelle collaboration avec le cabinet Farr ?
- H.D « Différemment que dans mes souvenirs mais cette fois il s’agit d’un tout autre projet que le One Tonner et plus de 15 ans ont passé. Ils ne travaillent pas de la même façon que les architectes français avec qui il y a beaucoup d’allers-retours aux différents stades de la conception et moi je ne suis sûrement pas le constructeur le plus commode : je n’arrive pas à fabriquer une pièce sans regarder le plan sous toutes les coutures ! Ils n’ont pas cette habitude je crois. Mais ils ont vraiment une réflexion différente sur la conception du bateau et proposent des pistes originales et toujours aussi empreintes du sens pratique que j’évoquais. Leur culture est différente de celle des architectes français. Je dirais que leur travail est « malin » »

- Vincent Riou intervient : « Un travail permis par une force de frappe incomparable car ce cabinet dispose d’une expérience et d’une base de données exceptionnelle sur les monocoques. Ils sont aussi très nombreux (17 !) et cela permet à chacun de se spécialiser : l’un s’occupe des structures, l’autre des appendices, etc... Mais c’est vrai qu’il leur faut s’habituer à notre façon de travailler que ce soit Hubert ou moi. Nous revenons d’un séjour d’une semaine à leur cabinet avec Michel (Desjoyeaux) et ils n’ont pas pour habitude d’avoir en face d’eux des gens qui discutent de tout et remettent les choix en question. A terme c’est stimulant des deux côtés... »

Tu n’avais plus construit de monocoques 60 pieds depuis les Bagages Superior d’Alain Gautier et Helvim de Jean-Luc Van Den Heede, comment appréhendes-tu ce « retour » ?
- H.D « Cela me fait plaisir bien sûr mais je n’ai pas arrêté de construire des trimarans de 60 pieds et que ce soient sur les appendices, l’hydraulique ou les techniques de construction on retrouve les mêmes questions. En plus désormais nous avons affaire à des bateaux qui évoluent dans les mêmes gammes de vitesse, on n’imagine plus de moyennes en dessous de 2 chiffres pour les monocoques ! Bref je ne suis pas dépaysé et puis l’ancien PRB (construit chez Mag France, ndr) a quand même fait quelques « stages » de préparation et modification ici... »

La construction d’un monocoque IMOCA a beaucoup évolué en 15 ans ?
- H.D « Pour le Bagages Superior, 11 000 heures de travail avaient été nécessaires, là il en faudra 16 000. Les structures ne sont pas les mêmes et aujourd’hui il n’y a quasiment plus une seule pièce de série. A l’époque on pouvait se permettre d’installer des capots Lewmar, désormais tout est « customisé » en carbone. Il n’y avait ni dérive, ni quille à bascule. Cette classe a vraiment beaucoup évolué ».

Interview Patrick Shaughnessy, vice président de Farr Yacht Design

Que pensez-vous de la classe IMOCA ?
- « La classe des 60 pieds Open, l’IMOCA, réunit tous les ingrédients dont un organisme de direction a besoin pour faire du bon travail sur le long terme. La classe a toujours réussi à prendre les bonnes décisions pour répondre aux problèmes de sécurité et de coûts qui sont les deux problèmes principaux auxquels toute classe est confrontée. Chez Farr Yacht Design, nous faisons partie du comité technique, composé à la fois d’architectes et de coureurs, ce qui nous permet de réfléchir aux questions techniques avec un esprit ouvert. »

Quelles sont les spécificités d’un travail dans le cadre de la jauge IMOCA ?
- « De récentes modifications de la jauge, comme les restrictions sur les appendices la limitent de façon considérable. Elle n’offre donc pas autant de liberté que ce que nous pourrions penser. Malgré cela, nous sommes, en tant qu’architectes, sur un terrain fertile en terme de développement et de recherche. Notre équipe aime travailler dans le cadre d’une jauge open puisque cela nous laisse un champ de liberté plus grand pour innover. La jauge Open 60 est certainement un challenge mais un challenge que nous sommes capables de relever et auquel nous sommes heureux de participer. »

Est-ce particulier de travailler avec Vincent Riou, vainqueur du Vendée Globe ?
- « Nous sommes très chanceux de compter Vincent Riou parmi nos clients. Dans tous les sports, il est possible pour les architectes de créer une « plateforme » de haute technologie, que ce soit dans le vélo, dans l’automobile ou dans le bateau à voile. Mais au final, tous ces types de compétitions nécessitent un pilote ou un skipper pour mener le projet vers le succès. Une grande partie du succès de Farr Yacht Design revient aux équipes avec lesquelles nous avons pu collaborer. Dans le cas de Vincent, nous avons la chance d’avoir un client qui nous apporte beaucoup et qui a une grande expérience de l’architecture. La navigation en solitaire a toujours relevé davantage de la compétence du skipper que de la qualité du bateau et nous ne pensons pas que cela changera. Avec Vincent, nous pensons que nous avons de bonnes chances de remporter le Vendée Globe, ce qui est certainement notre objectif commun ! »

Comment se passe la collaboration avec Vincent et son équipe ?
- « Pour l’instant, notre collaboration avec Vincent est très agréable. L’objectif de Farr Yacht Design est de produire des projets gagnants, mais également d’avoir du plaisir à dessiner, le tout dans une atmosphère familiale. Vincent et l’équipe PRB qu’il a rassemblée autour de lui ont une expérience énorme. Ce sont des navigateurs, des ingénieurs et des architectes qui ont une très bonne compréhension des problèmes auxquels nous devons faire face en tant qu’architectes. Je pense que nous pourrons tous être fiers du produit fini issu de ce partenariat. »

Quelles sont les caractéristiques de Farr Yacht Design ?
- « Chez FYD, nous sommes un peu différents de la plupart de nos concurrents puisque nous maîtrisons en interne tout le travail de conception. Nous sommes une grosse équipe de 17 personnes et chacun d’entre nous a une spécialité et un rôle spécifique. Chaque membre de l’équipe participe à un projet d’ensemble, puisque nous partons d’un cahier des charges pour aboutir à un concept, puis réalisons un dessin préliminaire, pour arriver enfin au plan détaillé. Nous pensons qu’une équipe dont l’approche est basée sur des ressources spécialisées, concertée avec une ingénierie, produit de meilleurs plans. Notre équipe est un excellent concentré d’enthousiasme, de jeunes talents et d’expérience du management. Nous sommes liés par une incroyable envie de réaliser des plans gagnants. »

PRB sera le premier Farr Construit en France, cela a-t-il des conséquences particulières pour vous ?
- « PRB sera le premier 60’ Farr construit en France. Nous nous félicitons de travailler avec des partenaires qui sont les meilleurs constructeurs de prototypes dans le monde. Finalement, tous ces constructeurs utilisent les mêmes technologies et les mêmes méthodes si bien que la seule chose qui peut nous séparer d’eux, c’est la langue. Nous avons la chance que les équipes de PRB et CDK soient réellement à l’écoute malgré nos problèmes de langage. Notre groupe travaille dur pour que nous puissions nous comprendre les uns avec les autres, pour comprendre les contributions de chacun et les intégrer dans un produit du plus haut niveau. Je pense que tant que nous aurons les mêmes objectifs, nous arriverons à dépasser assez facilement ces différences culturelles et linguistiques. »



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