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Trophée Jules Verne

L’équipage de Bruno Peyron au musée de la Marine

Les recordmen du tour du monde à la voile en smoking !

lundi 5 décembre 2005Christophe Guigueno

Imaginez Bernard Stamm, Yann Elies ou Jean-Baptiste Epron en smoking ! Et bien c’est possible. Et cela s’est passé dimanche soir au musée de la marine Marine Marine nationale quand Bruno Peyron et son équipage ont mis en place la coque sustentée du Trophée Jules Verne sur son embase au musée de la Marine Marine Marine nationale .

Au début de l’année, Bruno Peyron et ses équipiers établissaient un nouveau temps de référence autour du monde en 50 jours 16 heures 20 minutes et 04 secondes. Ils devenaient les sixièmes détenteurs du Trophée Jules Verne (une troisième pour Peyron lui-même) après les équipages de Commodore Explorer, Enza, Sport Elec, Orange 1 et Geronimo. Ce nouveau record Record #sailingrecord est désormais (difficile) à battre pour placer son nom en dessous de Peyron, Blake et de Kersauson.

• Les détenteurs du Trophée Jules Verne

- 1993 : Bruno Peyron (FRA/Commodore Explorer), 79 j 06 h 15 min 56 sec
- 1994 : Peter Blake (NZL/Enza), 74 j 22 min 17 min 22 sec
- 1997 : Olivier de Kersauson (FRA/Sport Elec), 71 j 14 h 22 min 08 sec
- 2002 : Bruno Peyron (FRA/Orange), 64 j 08 h 37 min 24 sec
- 2004 : Olivier de Kersauson (FRA/Geronimo), 63 j 13 h 59 min 46 sec
- 2005 : Bruno Peyron (FRA/Orange II), 50 j 16 h 20 min 04 sec


Le troisième Trophée Jules Verne de Bruno Peyron

Lors d’une cérémonie officielle qui s’est tenue hier soir au Musée de la Marine de Paris, Bruno Peyron et l’équipage du catamaran géant Orange II ont reçu le Trophée Jules Verne, célébrant leur incroyable record autour du monde, établi en mars dernier au terme de 50 jours, 16 heures, 20 minutes et 4 secondes de navigation. Pour le skipper du géant Orange II, pionnier du multicoque océanique et premier homme a s’être affranchi d’un tour du globe en moins de 80 jours, il s’agit d’une troisième consécration.

Au-delà de l’aventure humaine, le constat chiffré est éloquent : en 12 ans, Bruno Peyron aura tout simplement abaissé de 29 jours son record fondateur. En 1993, à bord de Commodore Explorer, il avait été le premier à relever à la voile le défi de Jules Verne, passant in extremis sous la barre des 80 jours. En 2005, à bord d’une machine que l’on aurait à peine osé imaginer il y a une décennie, le navigateur et son équipage ont franchi un nouveau pas, réalisant la première giration planétaire en (nettement) moins de deux mois ! « Une évolution finalement assez logique », vous dirait le principal intéressé, « en 1993 nous partions vers l’inconnu et cela a fonctionné, puis on a lancé The Race et une nouvelle génération de multicoques géants. En 2002, à bord de l’un des 3 catamarans conçus pour cet événement, nous avons ramené le record à 64 jours. Orange II est le dernier héritier de ces bateaux et l’évolution est cohérente. » Logique et cohérente, certes - il n’en reste pas moins qu’un gain de 14 jours sur un tour du monde en seulement 3 ans constitue un bond sans précédent en termes de performance, une avancée spectaculaire sur le plan du design et de la technologie. Ce qui, et c’est bien là toute la magie du Jules Verne, n’a en rien amenuisé l’extraordinaire aventure humaine que représente un tel périple ! Retour sur images...

1993 : l’aventure initiatique

Peyron et ses troupes s’élancent à la hâte, à bord de l’ex Jet Services V modifié et renforcé pour l’occasion et coupent la ligne de départ le 31 janvier. Olivier de Kersauson et son équipage sont déjà en mer depuis une semaine, Peter Blake et ses mercenaires ont précédé Peyron de quelques heures : ce premier Jules Verne a des airs de bataille rangée ! Malheureusement, les deux rivaux de Commodore Explorer sont contraints à l’abandon, et c’est seul en piste que le catamaran va sortir d’une première tempête à l’orée du grand sud. Un second coup de tabac mémorable, avec des vents de plus de 80 nœuds, attend les intrépides au niveau du cap Horn : ils en réchapperont après 48 heures d’angoisse. Puis c’est la remontée de l’Atlantique ponctuée par les calmes et deux collisions avec des cétacés, Peyron et ses hommes boucleront un premier tour du globe en 79 jours. L’histoire est en marche...

2002 : Reprise de flambeau

Voilà maintenant 5 ans que le Trophée appartient à Olivier de Kersauson, le navigateur brestois l’ayant ravi à Sir Peter Blake. 71 jours, le défi est de taille mais le géant Orange, sister-ship du vainqueur de The Race, dispose d’un potentiel impressionnant avec ses 33 mètres de long. Après un premier départ « contrarié » le 14 février (tête de mât cassée), Orange s’élance le 2 mars 2002... dans 40 nœuds de vent, sous GV arisée et petit spi de brise ! Le ton est donné, la bête cavale et dévore les milles. Au 16e jour de mer, l’équipage fait son entrée dans les 40es et se retrouve une semaine plus tard à sec de toile, dans 65 nœuds de vent. Après un océan Indien des plus chaotiques, le Pacifique se montrera propice à l’attaque et aux journées à plus de 600 milles. La fin du parcours sera néanmoins assombrie par une fissure au niveau de la rotule du pied de mât, obligeant à rallonger la route pour préserver le matériel : le chrono restera convaincant, Orange arrivant à Brest le 5 mai, après 64 jours de mer, abaissant d’une semaine le précédent record !

2005 : Un autre monde

Orange II a prouvé de quoi il était capable : 706,2 milles sur 24 heures lors d’une tentative de record sur l’Atlantique, le chiffre parle de lui-même... Il faudra néanmoins faire mieux que les 63 jours de Geronimo, mais surtout battre Cheyenne qui en franc-tireur et hors du cadre du Jules Verne a établi un nouveau record autour du globe en 58 jours ! La première portion du parcours n’est pas des plus rapides (le record Ouessant - Equateur reste propriété de Geronimo), mais c’est avec des pointes à plus de 38 nœuds que l’équipage force le passage vers le grand sud. Les records intermédiaires vont alors tomber les uns après les autres : 14 jours pour passer Bonne Espérance, 21 jours pour rallier Leeuwin... Et seulement 32 jours de mer entre Ouessant et le cap Horn, soit une semaine de mieux que Cheyenne ! Entre collisions et baisses de régime (ce qui n’est pas sans rappeler 1993...), l’Atlantique se fait une fois de plus délicat à remonter. Mais la dernière portion du parcours voit Orange II fondre sur la ligne d’arrivée dans 30 nœuds de vent, et le 15 février, le géant entre dans l’histoire. On tourne désormais à la voile autour du monde en 50 jours, à plus de 22 nœuds de moyenne !

Trophée Jules Verne : la genèse d’un pari insensé

Lorsqu’en 1984, à La Trinité sur mer, Yves Le Cornec parle pour la première fois de relever le défi de Jules Verne à la voile, il n’a qu’une conviction : le pari peut être tenu. Se basant sur la moyenne qu’il vient de réaliser sur William Saurin (le trimaran géant d’Eugène Riguidel) lors de la course Québec / Saint-Malo, il sait que les chiffres, théoriques, sont avec lui : à 13 nœuds de moyenne, le monde n’est plus « qu’à 80 jours ». Malheureusement, aucun sponsor n’est réellement sensible à la déraisonnable beauté d’une telle entreprise, mythe de Phileas Fogg ou pas... Et ce n’est qu’en 1990 qu’un groupuscule de pionniers se réunit pour reprendre le flambeau. La scène se déroule à Paris, sur la péniche d’Yvon Fauconnier, qui accueille pour l’occasion Titouan Lamazou, Florence Arthaud, Bruno et Loïck Peyron, Jean-Yves Terlain, Sir Peter Blake et Robin Knox-Johnston. Les « principes fondamentaux » sont rapidement énoncés et consignés dans ce que l’on appellera les « Accords de la Jatte » : tour du monde par les 3 caps, ligne de départ ouverte, liberté totale concernant le bateau...

Le Trophée Jules Verne / Records et Tentatives

- 1993 Commodore Explorer / Bruno Peyron 79 jours et 6 heures 15’
- 1993 Charal / Olivier de Kersauson, abandon, flotteur explosé après un choc à l’entrée de l’océan Indien.
- 1993 Enza New-Zeland / Peter Blake, abandon, coque fissurée après un choc à l’entrée de l’océan Indien.
- 1994 Enza New-Zealand / Peter Blake 74 jours et 22 heures 17’
- 1994 Lyonnaises des Eaux-Dumez / Olivier de Kersauson 77 jours et 5 heures
- 1995 Sport Elec / Olivier de Kersauson, abandon pour cause de météo défavorable
- 1996 Sport Elec / Olivier de Kersauson, abandon pour cause de météo défavorable
- 1997 Sport Elec / Olivier de Kersauson 71 jours et 14 heures 22’
- 1998 Tracy Edwards / Maiden, abandon dans le Pacifique (équipage féminin)
- 2002 Geronimo / Olivier de Kersauson, abandon pour cause de vibration du safran
- 2002 Orange / Bruno Peyron 64 jours et 8 heures (18,15 n sur 29 035 milles)
- 2003 Géronimo / Olivier de Kersauson, 68 jours 10 heures 58’
- 2003 Ellen Mac Arthur / Kingfisher 2 Abandon sur démâtage dans le Pacifique
- 2004 Géronimo / Olivier de Kersauson, 63 jours 13 heures 59’
- 2005 Orange II / Bruno Peyron, 50 jours, 16 heures, 20’

Record du tour du monde absolu / WSSRC
- 2005 Orange II / Bruno Peyron, 50 jours, 16 heures, 20’

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