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#Multi50 #RdR2018

Thierry Bouchard : "je repartirai pour un deuxième départ dimanche dans la journée"

vendredi 9 novembre 2018Redaction SSS [Source RP]

Thierry Bouchard, skipper du Multi50 Ciela Village, est en route vers Cascaïs pour une escale technique. Il devrait arriver dans la nuit de vendredi à samedi. En effet dans un grain à 55 noeuds, le chariot de tête de grand-voile (qui permet à la grand-voile de coulisser dans le rail du mât et qui la maintient solidaire du mât) a cassé hier jeudi. L’équipe technique est en route également avec tout le matériel pour tenter une réparation.

Le skipper varois nous livre ces quelques lignes reçues ce jour :

« Me voilà en route vers Lisbonne pour une escale technique et si tout va bien je repartirai pour un deuxième départ dimanche dans la journée. Mais qu’elle fut dure cette première partie de course !

Quand Xavier Macaire mon routeur m’appelle et me dit « nuit difficile, vent 30 nds, mer forte 6 mètres, sois prudent », je le suis depuis le départ à naviguer sous toilé pour absorber les claques à 40 nds et plus ! A ce moment-là, la barre de liaison du safran tribord vient de lâcher. Elle est sortie de son embout. Je dois réparer, je fais un brêlage pour passer la nuit qui va être difficile. 30 noeuds et non, bien plus ! Le vent passe les 40 je suis toujours 2 ris et trinquette mais c’est trop. Je prends le 3e ris, il me faudra plus d’une heure et subir 49 nds, tout en sachant que le brêlage ne tiendra pas et je ne peux que naviguer que sur un bord au milieu de l’Atlantique nord, froid et hivernal ...

Le jour se lève. Je pars récupérer la barre de liaison. J’abats en grand, « plein cul* » pour limiter les efforts sur le bateau, et me protéger. Je suis déjà tombé à l’eau dans les bancs de terre neuve, je n’aurai pas une deuxième chance, mais il faut y aller, je m’attache, je prends des paquets de mer et je reviens avec l’embout et la barre de liaison carbone. Fred, le boat captain a réfléchi toute la nuit pour m’expliquer comment réparer, très simple ... humm ! « Tu nettoies l’embout à l’acétone, dans le sac bleu, tu prends le tube de colle, tu mélanges les deux composants, tu emboites l’embout dans la barre de liaison, tu attends une heure et c’est bon ».

Xavier me presse : « Tu as 2 heures devant toi, nouveau front froid plus fort... ouf, je suis déjà à fond !

Fred m’explique la deuxième partie : « tu prends la chaussette carbone, tu l’enfiles dans l’embout tout en couvrant la barre de liaison. Tu prends la résine et le durcisseur toujours dans le sac bleu avec les gants latex et le pinceau pour bien la faire prendre sur le carbone. Ce soir c’est bon... » Quoi ? Mais Xavier m’a donné deux heures !!! Bon, j’allume le réchaud et j’accélère le processus en venant chauffer la barre de liaison. Je reproduis le processus plusieurs fois. La résine a pris !!! Le carbone est dur, il me reste une heure avant de retrouver un vent de 30 noeuds avec rafales à 40. J’y crois et je prie pour que ça tienne. J’arrête le bateau, à 155 degrés du vent réel, et je pars visser la barre sur la tringlerie et ensuite sur le safran qui est libre de ses mouvements. Première tentative, tout passe du premier coup. Je regarde ça tient, Yessss !!!! Je sais que la régate est perdue** mais ma victoire est là, j’irai au bout !

Le vent rentre comme prévu, je suis toujours 2 ris trinquette, il y a deux grosses rafales, 45 nds, puis 50, puis un grain de grêle froid, glacial à 55 nds. Le vent tourne dans tous les sens le pilote tente de le suivre, je crains d’être pris à contre, je prends la barre, trop tard, je cule***, la trinquette à contre et la grand-voile passe avec une violence inouïe, et tombe immédiatement. Le chariot de têtière de grand-voile a cassé. Cette fois il faut s’arrêter. Je suis entre les Açores et le Portugal. Je choisi les vents portants, ce sera Cascaïs. Arrivée dans la nuit de vendredi à samedi.

Je ne suis pas triste, je sais que j’ai bien navigué. Je suis vivant, avec mon bateau et je vais tout faire pour finir. La Route du Rhum, ce n’est pas seulement une régate, c’est toujours une aventure ! »

Lexique : *Plein cul signifie Vent arrière pour les marins **Perdue ? Pas si sûr... Thierry ne sait pas encore que ses camarades en Multi50 ont subi les mêmes galères ou presque. Une course au large se gagne sur la ligne d’arrivée ! *** culer : reculer en langage maritime


Voir en ligne : Info presse multi50.cielavillage.fr



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