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Course au large

Les multicoques de 50 pieds en substitut des 60’ ORMA ?

Lettre ouverte de Frédéric Dahirel à propos des multicoques de 50 pieds

samedi 22 septembre 2007Christophe Guigueno, SeaSailSurfnaute

Frédéric Dahirel, "navigateur professionnel", s’engage pour les 50 pieds. Voici sa "lettre ouverte" où il présente cette classe qui pourrait prendre la place des 60 pieds ORMA moribonds comme classe dominantes des courses au large. Les 50 pieds, développés à partir des trois sister-ships Irens de Hérold, Birch et Develay, ont souvent été une classe de bateaux rafistolés à partir des restes de vieux 60 pieds. Puis est né le Crêpes Whaou ! de Franck -Yves Escoffier. Ce bateau truste depuis les victoires dans sa classe, sans grande concurrence. Avec un plateau de bateaux neufs, cette classe pourrait en effet prendre une place laissée vacante entre les 40 pieds inshore (Extrem 40) et les géants solitaire (Sodéb’O ou Idec) ou équipage (Groupama 3, Banque Populaire V, ex-Orange)…

« De la plage avant du maxi monocoque Coriolan IV aux régates de la Nioulargue en 1984 à aujourd’hui en 2007 le poste de co-skipper du trimaran de 50 pieds Laiterie de Saint-Malo... Entre deux, j’ai posé mes docksides sur les trimarans de 60 pieds Pierre 1er, Elf Aquitaine, Fujicolor II, Banque populaire III, Sopra Group, Bayer Cropscience, sur les trimarans de 50’ Haribo et Trilogic, sur les catamarans du Léman Décision 35. J’ai participé à une Route du Rhum Route du Rhum #RouteDuRhum , effectué 2 tours du monde sur le monocoque Charles Jourdan et le maxi catamaran Team Legato. Et fin novembre, j’aurai bouclé 3 transats Jacques Vabre.

En 20 ans de navigation professionnelle sur le circuit de la voile océanique mondial – avec aussi pas mal de temps passé dans l’organisation Organisation #organisation des épreuves ou dans les chantiers, je pense avoir une vue assez large de notre univers.

A l’heure où tous ses acteurs se posent des questions : quel bateau choisir, quel programme effectuer au regard de l’investissement, j’aimerai vous faire part de mon point de vue.

CONSTAT

Notre sport vient de passer un stade de son évolution, salué par les championnats du monde des records, solo et équipage.

- La G class, la World Wild class est mûre (type Orange II, Groupama 3)

- L’IMOCA Imoca #IMOCA est dans une forme magnifique et son internationalisation (architectes, coureurs, épreuves) en fait une grande classe, une flotte homogène, avec un intérêt sportif indéniable.

- Mais quid du multicoque océanique, du multicoque de Route du Rhum Route du Rhum #RouteDuRhum  ?

Groupama, Banque Populaire et Gitana Team sont aujourd’hui les seuls à pouvoir maintenir le niveau d’armement nécessaire et faire naviguer ces fabuleuses machines. Brossard et Sopra ont les mains sur les rames et nombre de bateaux sont au hangar. En effet, les coûts d’une grand-voile, des cordages, du matériel de rechange, de l’équipage, des modifications permanentes, les retours par cargo quand il n’y a pas de ressalage, sont énormes. Il n’y a que peu d’armateur qui ont un retour sur investissement, que ce soit en communication Communication #Communication externe, interne, en notoriété ou image.

Conscients de cet état de fait, l’Orma qui regroupe en son sein coureurs, organisateurs d’épreuves, sponsors, après débats et analyses, vient de proposer une formule monotype Monotype #sportboats  : des trimarans de 70’, avec un ticket d’entrée à 2,5 / 3 M€. Si ce montant est plus raisonnable que le coût des derniers 60 pieds comme Groupama II, tout le périphérique reste cher ; et le retour sur investissement sera toujours aussi difficile, à moins qu’il y ait une flotte de plus de 15 bateaux : intérêt sportif, médiatique.

Je n’ose envisager qu’une quelconque envie de verrouiller l’espace disponible pour la course au large ne soit lié qu’à ce phénomène de retenue par une sélection au ticket d’entrée, qui ne serait pas du tout d’un bon esprit, et risquerait de transformer tous cela en "mono-tristie".

Objectivement avec un peu de recul :

La décroissance en taille des multicoques en 1988 de 72 à 60 pieds a engendré la maîtrise technologique et des innovations, la classe 60 ORMA et l’ultime class G. A l’époque, novice, je jugeais la décision de l’Aiacc "petite et minable". Probablement parce que nous aimions les grands bateaux, l’originalité, étions confiants en notre propension à maîtriser ces machines, en équipage comme en solo (sans nous soucier de trop près du budget).

En 20 ans, après les confrontations des architectes Ollier, Irens, VPLP, Lombard et les grands skippers Loïc, Laurent, Jean, Paulo, Florence, Philou, la généralisation du sandwich carbone nid d’abeille et tissus prépreg cuits au four, la classe des tri de 60 pieds a vu passer 9 générations de prototypes. On a aboutit à des machines d’exception, très high tech. J’ai vécu les plus belles régates de ma vie avec les gars du Team Bayer : 10 équipiers top pour maîtriser l’engin...

Aujourd’hui, on peut imaginer que l’on soit arrivé au même stade qu’en 1988 : la décroissance en longueur est la solution, avec une flotte sur les événements de type Rhum qui se répartirait en 60’ Imoca Imoca #IMOCA , Multi 50 Open et Class 40.

ARGUMENTS PRO MULTI 50 PIEDS

Crêpes Whaou, l’emblème de la classe, est issu des derniers développements du plus récent des 60’ Groupama II. Il reste un bateau sportif, performant, marin, moins fragile et 4 fois moins onéreux que les 60 pieds. Jean Maurel, coureur océanique, directeur de course de la Route du Rhum et de la Transat Jacques Vabre : "... j’ai pris beaucoup de plaisir à barrer Crêpes Whaou, c’est un super bateau à bord duquel j’ai retrouvé tous les repères du 60’. On y navigue de la même manière sans avoir à gérer toutes les difficultés liées à la manœuvre des foils, des mâts basculants et des bastaques. A la barre, le bateau est sain et précis et l’on ne va pas beaucoup moins vite que les 60’. Le confort intérieur est vraiment bien. J’ai toujours aimé dormir à bord de mes bateaux et l’aménagement de Whaou combine bien la vie en mer et le confort en escale. Tu peux vraiment vivre à bord. Un 50’ comme Whaou, c’est une nouvelle formule de promotion qui doit permettre à des skippers de se propulser dans une classe offshore en venant du Figaro ou de la Transat 6m50. Les budgets sont raisonnables. Ils sont plus faciles à manœuvrer tout en restant de gros bateaux. La construction semble très sérieuse. C’est typique de la bonne idée...".

- Le budget de construction et de fonctionnement est divisé par 4 par rapport aux 60 pieds Orma. Il correspond mieux à la réalité de l’économie actuelle.

- Ils ouvrent la porte à différentes catégories d’investisseurs, armateurs privés ou professionnels. Et donc à l’organisation Organisation #organisation d’un circuit pro-am.

- Ils sont très facilement utilisables en communication Communication #Communication interne, en incentive.

- Les architectes titrés ou en devenir, peuvent s’y essayer

- Avec un couple de chavirage 30 tonne/mètre, ils sont moins puissants que les 60’ et donc plus marins, plus fiables

- Ils sont plus accessibles techniquement, moins radicaux et moins onéreux : ils doivent séduire les étrangers

- Ils ont des vitesses similaires aux 60 pieds Imoca

- C’est une marche d’accès plus douce à franchir pour de nombreux marins et sponsors, que d’aller directement en gros multicoque ou 60’ Imoca.

- La jauge Open 50 correspond à un cahier des charges simple et doit permettre de constituer une flotte homogène

- Le ticket d’entrée technique est à 600 K€ par an pour 4 ans, et 300 K€ l’année supplémentaire. Ce qui laisse aux sponsors une plus grande marge de manœuvre dans leur accompagnement communication

- Un skipper, un second et un équipier forment l’équipage permanent : 3 ou 4 en Off shore et 6 en In shore.

AGIR

- Véhiculer et accréditer l’argumentaire ci-dessus

- Bloquer la jauge 7 ans pour créer la flotte (techniquement et en investissement)

- Organiser un vrai championnat qui dans sa forme, permettrait aux skippers de s’exprimer sportivement et d’offrir une réelle visibilité et une accessibilité au grand public. Du type Figaro bis, Fastnet, Cowes Dinard, Around England, Goteborg, etc., trophées ; et bien sûr les grandes transats.

- Demander aux organisateurs des grandes épreuves océaniques comme le Rhum ou The Transat The Transat #thetransat #ostar d’accréditer la flotte des Multi 50 comme multicoques océaniques de référence

CONCLUSION

Avec une flotte de multi 50 pieds, je pense que l’on peut vraiment avoir une belle visibilité, du sport, de la convivialité ; et aussi beaucoup de plaisir à naviguer. J’en suis convaincu, comme Jean-Maurel, Karine Fauconier qui va faire la transat Jacques Vabre Transat Jacques Vabre #TJV2015 avec Franck-Yves Escoffier, Lalou Roucayrol qui met bientôt à l’au un tri de 50 pieds. Et bien sûr Victorien Erussard avec qui je navigue et qui, sans cette approche – la reconversion d’un vieux tri de 60 pieds en 50 pieds - n’aurait pu participer à la Route du Rhum et au programme de cette année. Plus encore, avec ses résultats (3e au Rhum, record Record #sailingrecord Snsm, 2e au Trophée Malo, 2e au Trophée Stalaven), il prouve qu’il sait faire ; et grâce à cette crédibilité, peut rechercher des partenaires pour construire un "nouveau 50 pieds" (comme certains leaders de la classe Figaro 2007). C’est aussi mon objectif.

Enfin, après plusieurs expériences dans cette classe que je vis pleinement en ce moment, je peux affirmer que le grand public ne fait pas la différence entre un 50 et un 60 pieds moderne. Ils admirent toujours autant l’engagement humain.

Je me plais à penser à 2010, avec 15 multi 50 pieds au départ de la Route du Rhum. Je suis persuadé que l’on peut faire le spectacle. Et que d’autres navigateurs partagent mon analyse de supporter cette classe, véritable alternative avant de prétendre aux grosses machines, que ce soit en tant que skipper ou équipier. »

Frédéric Dahirel


Voir en ligne : http://www.50pieds.org



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