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Du grand large à la plage : Toute l’actualité des sports de glisse

The Oryx Quest à bord de Doha 2006

Carnet de Bord de Thomas Coville et Jacques Vincent : semaine 1

Du Qatar au Pot-Au-Noir de l’Indien

dimanche 13 février 2005Redaction SSS [Source RP]

L’équipe française de Doha 2006 : Jacques Vincent,Stan Delbarre, Karine Fauconnier, Thomas Coville.
Photo Rick Tomlinson
Actuellement en tête de l’Oryx Quest 2005 sur Doha 2006*, Thomas Coville et Jacques Vincent, toujours inséparables, nous racontent leur course et nous confient quelques moments de leur vie à bord du maxi catamaran de 33,50 mètres en compagnie de cet équipage mixte et cosmopolite.

Parti il y a une semaine - samedi 5 février - du Qatar, DOHA 2006 a franchi l’équateur hier et navigue donc actuellement dans l’hémisphère sud, une centaine de milles devant Geronimo, son adversaire le plus proche. Cheyenne est troisième à 387 milles et Daedalus ferme la marche à moins de 500 milles du leader.

L’équipe française de Doha 2006 : Jacques Vincent,Stan Delbarre, Karine Fauconnier, Thomas Coville.
Photo Rick Tomlinson

A bord de Doha 2006

8 février 17h00

18 degrés N - 64 degrés E

On avait pris l’habitude de voir les « tour-du-mondistes » quitter l’Europe au coeur de l’hiver. Cette année, c’est le bouquet : record Record #sailingrecord en solitaire et au féminin, record Record #sailingrecord en équipage, course en solitaire et enfin course en équipage ! Grâce à la ténacité de Tracy Edwards, une petite Anglaise (encore une !), nous avons le plaisir de sillonner le Golfe Persique, de franchir le détroit d’Ormose, la mer d’Oman et bientôt nous naviguerons dans les alises de l’Océan Indien avec en prime les Maldives à l’horizon ! Nous allons croiser la route de Moitessier et peut être celle d’un cyclone, car ici c’est la saison.

Grâce au Qatar, nous avons aussi la chance de régater contre d‚autres multicoques géants dont le trimaran du fameux Kersauson. D’ailleurs depuis quelques heures c’est notre voisin le plus proche ! Nous dérivons ensemble sur une mer d’huile presque à portée de voix. Un anticyclone (une dorsale pour les experts) nous barre le chemin des alizés.

En tout cas, ce duel catamaran-trimaran est passionnant. Bien que les différences ne soient pas que dans l’architecture des bateaux. Geronimo a un équipage exclusivement masculin et français. Nous, nous sommes plus proche de l’arche de Noé avec nos multiples nationalités et nos 2 filles !

Le début de course a été assez fatigant mais pas autant que la semaine de préparation précède le départ. À quelques jours du coup de canon (chose fréquente dans le Golfe Persique) il nous manquait : toute notre nourriture, nos vêtements de mer, une dérive, toutes les lattes de notre jeu de voiles neuf et bien sûr beaucoup d’argent, et le nom du commanditaire. Il y a beaucoup d’argent au Qatar mais on leur propose tant de bonnes idées pour le dépenser qu’ils ne savent pas par où commencer et donc tout ce fait au dernier moment, même les chèques. Enfin nos Cheiks à nous ont tenu parole et tout c’est débloqué, les autocollants ont été poses sur la coque et les voiles la veille du départ !

Il fait bon être en mer loin des incertitudes du départ et petit a petit le rythme de la course s’impose. Alors à bientôt si vous voulez en savoir plus sur nos 2 coques et ses 13 habitants.

Ciao, Jacques


Date : Tue, 8 Feb 2005 23:56:47 -0000

Objet : latitude de Bombay

Ce matin, au lever du jour nous avons vu sortir de la brume sous notre vent Geronimo. Pour nous c‚était la meilleure nouvelle qui puisse arriver. La dernière position que nous avions reçue le donnait 57 miles devant nous ! Sur l‚eau, la régate est superb. Les 2 bateaux (Geronimo, Doha 2006) sont pour l‚instant très proches en vitesse Vitesse #speedsailing et nous sommes actuellement juste derrière Geronimo à moins de 3 miles dans une mer d huile ou seules quelques rares risées sillonnent la surface Je pensais que Geronimo creuserait plus vite l‚écart La course va être passionnante. Sans vouloir tirer de conclusions trop hâtives je pense que le fait que deux idées aussi radicalement opposées (cata, tri) soient au final aussi proches, prouve qu‚on arrive au bout d un cycle d évolution qui fait converger les performances vers un seul et même point. La différence se fera une fois de plus dans le détail et sur la gestion de la météo (Mother nature nous tient dans sa main.) Il est temps de faire place à de nouvelles idées. Le fait d‚être bord à bord crée une émulation à bord géniale et chacun profite de ces premiers jours relativement paisibles pour se refaire une santé. La température sur le pont a dépassé les 35 degrés ,pas de doute nous sommes à l heure indienne, juste a la latitude de Bombay. Je vous embrasse.

À+ Tom


9 février 15h - À 600 miles des Maldives

Ça ne pouvait pas durer, notre voisin nous boude. Après avoir fait un bon bout de chemin ensemble Geronimo nous a quitté pour faire une route plus au nord. Je crois qu’il est jaloux de notre superbe mobile home à deux coques toutes options (yankee et code 0). Pourtant son mobile home à trois coques et changement de vitesse Vitesse #speedsailing automatique (solent sur enrouleur) est un modèle plus récent.

Nous redoutions les performances du trimaran, mais après notre duel bord à bord la nuit dernière et ce matin, nous constatons que notre jeu de voile est plus complet. Petite parenthèse pour raconter la prise en otage au Qatar des deux maîtres voilier (Gerry et Hugues) venus nous livrer des voiles et faire les premiers essais. Leur séjour devait durer 2 à 3 jours mais les lattes (fabriquées en Nouvelle-Zélande) étant bloquées en douane à Doha, Ils ont dû attendre plus de 10 jours, participant ainsi à la préparation du bateau ! Merci.

La vie à bord s’organise. On est vraiment parti dans la précipitation, ne sachant a peine qui était de quart avec qui et à quelle heure. Petit à petit, les notes de service ont été placardées sur la porte des toilettes. Tout d’abord l’heure officielle du bord est l’heure GMT, en fait l’heure anglaise comme par hasard. Bien sûr, Jonas est toujours à l’heure suédoise et moi a l’heure locale. Je prends mon petit déjeuner à 7 heures, pour Brian il est 4 heures du mat !! 2e note de service concernant les quarts. Attention, je ne le répéterais pas deux fois : Jonas et Andy font leur propre quart et personne n’a encore compris leur système. Ce n‚est pas grave ,ce ne sont que nos équipiers d’avant (les numéros 1). Brian et Will (le navigateur australien) font aussi comme ils veulent, c’est normal : ils sont chefs. Nous sommes 13 à bord donc, il reste trois quarts de trois avec chacun son chef de quart Damian, Thomas et moi. Eh bien, pas tout à fait. Chaque chef de quart se lève une heure avant son quart, les autres se lèvent à l’heure et voient leur chef de quart partir une heure avant eux ! Finalement, les chefs de quart font leur quart à tour de rôle et il ne reste plus que trois quarts de deux soient 3 couples qui ne se sépareront pas pendant les 50 prochains jours. Capito ?

3e note de service sur les horaires de cuisine (désolé, je ne l’ai pas encore lue, mais j’ai fait un Dalia’s couscous hier et tout le monde s’est régalé)

4éme note de service sur les horaires de nettoyage, chacun sa coque, chacun son jour.

Les conditions de navigation sont superbes. Vent de travers et le bateau marche à 25 nd. À bientôt si vous voulez en savoir plus sur notre stratégie des prochains jours

Ciao jacques

PS les 3 couples sont Karine (FR) et Fraser (NZ), Paul (AUST) et Stan (FR), Sharon (NZ) et Johnny (GB)


Samedi 12 février : Passage des Maldives

Bonjour à tous. Ici tout va bien, les gens prend petit à petit leurs marques. Les manoeuvres se succèdent à un rythme assez soutenu et tout est très lourd dès que tu veux faire quelque chose. La température est vraiment montée et dormir n‚est pas toujours aisé. Nous devrions passer l équateur très bientôt et commencerions notre descente vers le sud australien. Nous n‚avons encore rien casse, mais ça va venir. Nous sommes pour l‚instant dans le quart de couché et de levé du soleil et la lumière est chaque fois splendide.

Je réfléchissais de pouvoir naviguer en solo sur le bateau, mais la géométrie du cata n’est vraiment pas adaptée à la situation solo sauf à avoir une nacelle centrale. Nous n’avons pas beaucoup de news, seule l’arrivée d’Ellen a suscité des réactions.

Manifestement, cela a été grandiose et ce n’est pas fini ! Je pense que c‚est vraiment bien pour nous tous, il faut que notre sport sorte de l’anonymat et ce genre d’événement va y contribuer.

Je commence à entrer dans le monde du silence (sauf quand Karine est sur le pont où elle nous met de l’animation avec son débit de parole, c’est très drôle). C est très étrange d être dans cet état entre le rêve et réalité puisqu il n y a plus de repères de terre (faux car nous avons aperçu un morceau d’atoll hier). Parfois je pense à l’un d entre vous et alors il se ballade avec moi sur le bateau en critiquant ou en se moquant . N‚ayez pas peur tout va bien et je n’ai rien fumé. N’hésitez pas envoyer des news. J’espère que tout va bien. Je vous embrasse A+ Tom


Saturday 12/02/05 : South of Equator - Pot au noir dans l’Indien

Bonjour à l’hiver de ma part. La cocotte minute est prête à exploser... la chaleur est étouffante et chacun cherche à récupérer dès qu‚une manoeuvre s achève. Nous sommes restes scotchés derrière un énorme nuage cette nuit et notre avance a littéralement fondu. Evidemment, tout le monde est un peu déçu et frustré mais cela fait partie de la course et nous sommes repartis de plus belle. Nous avons pris le temps de baptiser Andy qui n’avait encore jamais passé l équateur. Les anglo-saxons sont toujours très à cheval sur les traditions. Un check-up dans le mat : RAS. Première vraie toilette sous un grain. La pudeur due à la présence de nos 2 équipiers était très drôle. Et chacun tentait de rendre cette douche improvisée la plus efficace possible sans pouvoir se libérer totalement. Direction plein sud vers les vraies conditions de ce tour du monde qui nous réserve bien des surprises A+ tom


* Doha 2006 est un catamaran de 33,50m dessiné en 2000 par Gilles Ollier. Doha 2006 a remporté The Race en 2001 sous le nom de Club Med et détient depuis 2002 sous le nom de Maiden II le record de distance en 24 heures et en équipage avec 694 milles.


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