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Vendée Globe • S2

Jean Le Cam prend la main des Canaries au Brésil

Descente record vers l’hémisphère sud lors de la deuxième semaine de course

dimanche 21 novembre 2004Christophe Guigueno, Information Vendée Globe

D’île en île, des Canaries au Cap Vert puis le Pot-Au-Noir avant de rejoindre le large des côtes du Brésil, les monocoques de 18 mètres et leur solitaire glissent pleine balle vers le Sud. L’homme de la deuxième semaine de course est Jean Le Cam. Après avoir pris le relais à Vincent Riou, le skipper de Bonduelle a gardé les commandes. Parfois rejoint, jamais passé, le "Roi Jean" a pris le Vendée Globe à son compte. Mais attention, la meute est à ses trousses. Et ceux-là, il les connait bien. Pour cause ! Ce sont ses "amis" du centre d’entraînement de Port-La-Forêt : le "vétéran" Roland Jourdain et aussi la nouvelle garde avec Vincent Riou et Sébastien Josse. Ces cinq-là sont donc devant après deux semaines de course. Vont-il creuser l’écart sur le second groupe où l’on retrouve Golding, Humphreys, Wavre et Dick ?

Dimanche 14 novembre : Le « roi Jean » glisse sereinement au vent des Iles du Cap-Vert

Monsieur Jean Le Cam (Bonduelle) est l’auteur d’une bien belle partition. Il a réussi, depuis hier midi, à reprendre les 3 petits milles qui le séparaient de la pole position mais surtout, à se construire un matelas d’avance de 53,6 milles sur Vincent Riou (PRB) qui, impuissant, n’a pu que constater les dégâts. « C’est vrai que je préfèrerais être à la place de Jean Le Cam, il a fait cela bien ! J’aurais dû me recaler dans son sillage » lâche Vincent à la vacation du jour. Le décalage de quelques degrés en latéral de Jean Le Cam (Bonduelle) aura donc porté ses fruits. Il aura bénéficié plus rapidement des alizés de nord-est (15 nœuds), faibles certes, mais plus présents et plus réguliers côté côte africaine. Et maintenant, outre le score sans appel du classement de 16 heures, le « roi Jean » glisse sereinement au vent des Iles du Cap-Vert : « Je suis assez surpris qu’ils ne m’aient pas suivis. Ils anticipent peut-être sur la sortie lâche Jean à la vacation du jour. Maintenant, j’attends de voir comment ils vont se dépatouiller dans les îles, les loulous... Ce qui est clair c’est que dans les îles, tu ne fais pas ce que tu veux : tout d’abord, il ne faut pas rentrer dedans, ensuite il faut se méfier des dévents et enfin, tu dois faire des manœuvres. Je n’avais aucun intérêt à y aller ! ». Et bien lui en prend puisqu’à 16 heures ce jour, Bonduelle glisse à la vitesse Vitesse #speedsailing moyenne de 13,4 nœuds sur 4 heures, là où PRB (2e) est à 11,2 nœuds et VMI (3e) à 11,3 nœuds.

- Vincent Riou (PRB) : « J’ai toujours eu de la chance avec le Pot au Noir. Je l’ai traversé 6 ou 7 fois et quasiment à chaque fois, cela s’est bien passé. Ce matin, il semble être comme dans les livres, c’est-à-dire étroit. Cette nuit, je me suis fait surprendre par un grain et je n’ai pas fait ce que je voulais. J’étais sous spi en début de nuit et finalement, ce grain ne passait pas. Après, quand j’ai réussi à sortir du grain, je suis tombé dans deux heures de pétole ! Je ne souhaitais pas aller dans les îles car ce n’est pas le paradis ! Cela signifie beaucoup de manœuvres. Pour l’instant, j’ai passé les îles basses, je n’ai donc pas trop subit de dévent. Mais devant moi, il y a les îles hautes et je ne vais pas aller jouer trop près d’elles. Mais voilà, la course redémarre et la prochaine étape sera la sortie du Pot au Noir ».

- Mike Golding (Ecover) : « Les Alizés n’ont pas rempli leur rôle. Ils ne sont pas rentrés et dans les prévisions d’aujourd’hui il n’y a aucune explication pour ça. Ils ne sont tout simplement pas là. Il y a quand même un peu plus de brise dans l’Est, mais c’est un peu tard pour en profiter maintenant. La vapeur peut être inversée mais le problème actuel, est que, parce que je suis derrière, les bateaux devant moi vont toucher plus de vent avant le Pot au Noir. Donc je perdrai sans doute encore un peu de terrain. Mais j’ai la moitié du monde pour essayer de les rattraper, donc il faut que je continue de travailler dur pour minimiser la perte. Ca va empirer mais je dois rester dans le domaine du « rattrapable ».

- Sébastien Josse (VMI) : « C’est vrai qu’il a fait un joli coup Jean Le Cam ! Mais il va bien falloir qu’il redescende un jour (vers l’ouest), d’ailleurs il commence à le faire... Moi j’ai décidé de faire une course sans jouer les extrêmes. Il y a des coups à faire à droite, des coups à faire à gauche, moi je préfère une route au milieu. Cette première semaine de course ? Il a été rapide. Il n’y a pas eu d’options déterminantes. Il fallait être en phase avec les bascules de vent et les changements de voile. Il fallait être dessus pour rester dans le tempo et ne pas te faire larguer.(...) Le Pot au Noir est tout petit, c’est top ! ».

• CLASSEMENT DU 14/11/04 10:00 GMT (11H00 PARIS)

Rg Nom Skipper Dist Arr Ecart Vmg Vit moy Cap moy
- 1 BONDUELLE JEAN LE CAM 21524,4 0,0 13,8 14,1 203
- 2 PRB VINCENT RIOU 21575,4 51,0 13,5 13,6 183
- 3 VMI SEBASTIEN JOSSE 21593,3 69,0 10,7 11,8 211
- 4 HUGO BOSS ALEX THOMSON 21604,8 80,4 9,5 10,9 215
- 5 SILL ET VEOLIA ROLAND JOURDAIN 21631,0 106,7 9,7 11,3 215
- 6 ECOVER MIKE GOLDING 21691,1 166,8 6,2 6,9 209
- 7 SKANDIA NICK MOLONEY 21694,5 170,2 14,4 14,4 187
- 8 VM MATERIAUX PATRICE CARPENTIER 21719,9 195,6 11,7 11,8 183
- 9 VIRBAC-PAPREC JEAN-PIERRE DICK 21725,2 200,8 11,0 11,9 208
- 10 TEMENOS DOMINIQUE WAVRE 21750,2 225,8 11,3 12,1 203
- 11 PRO-FORM MARC THIERCELIN 21793,8 269,4 12,8 13,9 210
- 12 HELLOMOTO CONRAD HUMPHREYS 21797,5 273,1 14,4 14,7 206
- 13 UUDS HERVE LAURENT 21812,3 287,9 10,7 12,5 217
- 14 ARCELOR DUNKERQUE JOE SEETEN 21813,9 289,5 8,7 9,8 210
- 15 OCEAN PLANET BRUCE SCHAWB 21874,1 349,7 11,7 12,9 216
- 16 ROXY ANNE LIARDET 22034,3 509,9 11,1 12,1 217
- 17 AKENA VERANDAS RAPHAEL DINELLI 22054,0 529,6 11,0 12,9 220
- 18 MAX HAVELAAR BEST WESTERN BENOIT PARNAUDEAU 22064,4 540,1 10,4 11,2 210
- 19 BENEFIC KAREN LEIBOVICI 22095,9 571,5 10,2 12,4 222
- 20 BROTHER NORBERT SEDLACEK 22296,1 771,8 6,1 6,2 208


Lundi 15 novembre : Le Cam s’est recalé dans l’ouest et compte 34,3 milles d’avance sur Riou et 66,7 sur Thomson

Encore une fois, Jean Le Cam (Bonduelle) a parfaitement maîtrisé la situation. Il s’est recalé devant la flotte qui sortait de l’archipel du Cap-Vert en début de nuit dernière et, quitte à perdre quelques milles, supervise maintenant la situation. « Il fallait que je me recale, c’est fait... Plus, tu es devant, mieux c’est ! » déclare-t-il visiblement satisfait de son petit bord de recalage. Un petit bord qui lui permet de « garder au chaud » ses plus proches poursuivants.

VMI : The washing machine ! Seb Josse lave son linge sale en solo
Photo : Seb Josse / VMI

Nouveau souci pour Hervé Laurent sur UUDS qui a constaté une fuite d’eau au niveau du puit de dérive qui prend l’eau. « J’enlève 30 à 40 litres d’eau par jour. Je ne peux pas réparer tant que le puit est sous pression. Peut-être que lors des calmes du Pot au Noir je pourrai tenter une réparation, au sec. Je ne pense pas que cela soit du à un choc, mais plutôt à un problème de vieillissement. Il faut dire que j’ai un peu tiré sur le bateau aussi ». Et si l’activité bricolage va continuer sur UUDS, qu’est-il arrivé à Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) qui est allé s’engluer sous l’île de Santiago affichant une moyenne de 3,9 nœuds sur 4 heures en milieu de journée. A-t-il profité d’être à l’abri du vent et de la mer pour réparer son problème de vis de mulet, pour changer ses lattes de grand-voile ? Nul ne sait... Jean-Pierre, en guise de réponse envoyait ce message dans le milieu de l’après-midi : « Bonjour. Désolé pour l’email tardif mais j’ai été pris par une grosse pétole sous l’île San Nicolas, je suis passé trop près ! Je pensais que cela passerait mieux, beaucoup de stress inutile ! J’ai maintenant le grand spi avec 20 noeuds de vent, cela décoiffe. Jean-Pierre ». En effet, à 16 heures ce jour, Jean-Pierre Dick est 9e à 211 milles du leader et progressait à 13,3 nœuds de vitesse Vitesse #speedsailing moyenne sur une demi-heure. Une vitesse moyenne rassurante, mais quoi qu’il en soit, il est clair que cette navigation dans d’alizé mais aussi des calmes à venir du Pot au Noir va permettre aux uns et aux autres de réparer nombre de petits ou gros soucis volontairement cachés pour le moment.

- Mike Golding (Ecover) : « Je me mets une note de 8 sur 10 sur cette première semaine de course et je suis un peu déçu de ma position. Pour résumer, je suis à une mauvaise position depuis deux jours maintenant. Par rapport au dernier Vendée Globe où j’étais comme un robot, je me sens bien en phase avec le bateau. Je sais que je suis sur un des meilleurs bateaux au monde ! ».
- Sébastien Josse (VMI) : « Il y a des poissons volants par centaine. Depuis ce matin, cela n’arrête pas et je me demande comment ils font pour éviter le bateau. C’est clair qu’il y a quelques spécimens de 50 cm et s’ils tombaient sur le pont, je les mettrais bien dans la casserole ! Le Pot au Noir ? Oui je le regarde. Plus que jamais ! C’est toujours un petit passage à niveau... Pour le moment, il faut récolter un maximum d’infos et j’essaye de me tenir au courant pour être le plus réactif possible ! ».
- Joé Seeten (Arcelor Dunkerque) : « Si je devais faire un bilan de cette première semaine ? Il aurait fallu être plus raisonnable dans les premières 24 heures 24 heures Record de distance parcourue sur 24 heures . Avoir un peu plus de voiles aussi pour assurer le coup par rapport à la dégradation du matériel (ndlr : Joé a perdu son gennaker lourd dès les premiers jours). Je pense que mon option ouest n’est pas mal. L’angle est bon et cela peut me permettre de revenir un peu au contact. Le Pot au Noir ? Il faut toujours un peu de chance et je ne vais pas cesser d’observer ceux de devant. (...) J’ai toujours ma fuite de gasoil. Je perds 0,3 litre par jour environ avec une espèce de mal au crâne qui va avec le bonhomme. Lorsque je serais tribord amure (vent venant de la droite), je pourrais intervenir sur la zone... ».


Mardi 16 novembre : Violents orages pour les uns ; passage en douceur pour les autres : les solitaires entrent dans le Pot au noir

Tout va bien pour Norbert Sedlacek sur Brother qui ferme la marche des solitaires
Photo : N.Sedlack /Brother

Si le passage du Pot au Noir, à la fois mythique et symbolique, n’a pas trop ralenti les premiers, il ne les a pas épargnés pour autant. Pétole ou orages, le Pot au Noir a tourné au pot pourri pour certains. Néanmoins, il n’a pas changé la hiérarchie. A un peu plus de 300 milles de l’équateur, Jean Le Cam (Bonduelle) mène toujours la course devant Vincent Riou (PRB) et le fougueux Alex Thomson (Hugo Boss) qui avouait s’être fait couché sous spi, tête de mât dans l’eau, par un grain à 45 nœuds ! Si l’équateur s’annonce dans des temps record Record #sailingrecord pour les premiers, l’Atlantique Sud leur réserve quelques surprises. L’anticyclone de Ste-Hélène, généralement centré entre le Brésil et l’Afrique australe, s’est fait la malle vers les Iles Malouines et le Cap Horn. Reste une longue dorsale anticyclonique qui barre l’Atlantique Sud et pourrait jouer les gardes-barrières en fin de semaine.

Pour la première fois en cinq éditions, tous les concurrents au départ des Sables sont toujours en course après 10 jours de mer. Cette performance s’explique non seulement par la qualité de préparation des monocoques, mais aussi par leur adaptation au milieu marin. De nombreux navigateurs ont abandonné les précédents Vendée Globe à cause d’un safran cassé par un OFNI ou un cétacé. La semaine dernière, les safrans relevables de Jean Le Cam lui ont permis d’éviter une telle avarie lors d’un choc inexpliqué.

- Jean Le Cam (Bonduelle) : « Le pot au noir version 2004, c’est quelque chose ! Quelle nuit ! Pas fermé l’œil. Ça rentrait de partout. Jamais vu cela ! Un vrai son et lumière. Un coup, tout est calme, puis le ciel vous tombe sur la tête. Hier soir, je croyais même en être sorti ! Erreur ! Qu’est-ce que j’ai pris ! Dans ces moments-là, mieux vaut être en mono qu’en multi ! »
- Alex Thomson (Hugo Boss) : « J’ai connu le moment le plus effrayant de toute ma carrière de marin. Le bateau s’est couché dans 45 nœuds de vent. J’étais sous spi et sous pilote. Je me suisbattu à la barre pour redresser le bateau, puis il a fallu récupérer le spi. J’ai pu l’affaler et je pense qu’il n’est pas déchiré. A la fin, je tremblais sur mes jambes. C’était vraiment effrayant. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. On se rend compte combien il est facile de briser un bateau ».
- Vincent Riou (PRB) : « C’est la quatrième fois que je traverse le Pot au Noir. J’ai toujours eu du vent. Lors de la dernière Jacques Vabre, je l’ai passé à plus de 12 nœuds de moyenne. Cette nuit,j’ai eu pas mal de grains, avec des rafales à 35 nœuds. Mais c’est surtout la mer, très désordonnée qui me dérange ».
- Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « J’ai tenté de réparer cette pièce qui retient la bôme et qui s’est brisée lors d’une embardée un peu violente du bateau. Mais le vent est rentré plus vite que prévu et de manière désordonnée. J’ai donc tout préparé en vue de cette réparation et je m’y attellerai plus tard, après le passage du Pot au Noir ».


Mercredi 17 novembre : Jean Le Cam s’apprête à franchir l’équateur dans la nuit de mercredi à jeudi

Après seulement 10 jours de mer, Jean Le Cam sera le premier à franchir l’équateur aux alentours de minuit mercredi soir, suivi dans la nuit de Vincent Riou (PRB) et Sébastien Josse (VMI). Ces deux derniers savent que les conditions des prochains jours, au près dans l’alizé de sud-est, ne leur sont pas favorables. Moins puissants que les bateaux récents, ils vont devoir batailler un peu plus que les autres pour conserver leur position actuelle, en attendant de retrouver des vents portants dans les mers du sud. Remonté à la 4e place, Roland Jourdain, à bord de son nouveau plan Lombard Sill & Veolia, se retrouve donc en position d’attaque par rapport à ses deux prédécesseurs. Bilou est chassé pour sa part par les deux Britanniques Alex Thomson (Hugo Boss) et Mike Golding (Ecover), toujours distant d’une centaine de milles du premier.

- Jean Pierre Dick (Virbac-Paprec) : « Je suis soulagé de ma réparation. C’était une véritable épée de Damoclès suspendue au-dessus de ma tête. Dès hier après-midi, j’ai préparé ma pièce et sans déposer ma bôme ni affaler mes voiles, j’ai pu remplacer l’élément cassé du vit-de-mulet ».
- Vincent Riou (PRB) : « Voilà ! Pour la quatrième fois de ma carrière, je sors du Pot au Noir sans encombre, sans être trop arrêté. Nous sommes à présent dans l’alizé de sud-est et nous marchons tranquillement au près. Bien sûr, cela tape un peu et il fait très chaud. Nous allons rester sous cette allure quelques jours je pense ».
- Sébastien Josse (VMI) : « Je suis agréablement surpris de cette troisième place. Il y a eu un petit coup de mistoufle cette nuit, un nuage au-devant duquel j’ai eu du vent. Je pense qu’Alex (Thomson) a dû rester un peu trop longtemps en dessous. J’ai beaucoup barré, mais Alex aussi, car il a l’étoffe d’un Figariste. Le bateau n’est vraiment pas confortable au près. Je vais essayer de préserver le matériel en attendant de naviguer plus à plat ».


Jeudi 18 novembre : Les six premiers l’hémisphère sud • Jean Le Cam a mis 3 jours 1/2 de moins qu’Yves Parlier en 2000 pour rejoindre l’équateur

A 0h10 (heure française) Jean Le Cam (Bonduelle) était le premier à basculer dans l’hémisphère sud, suivi quatre heures plus tard par Vincent Riou (PRB). Sébastien Josse (VMI), le plus décalé dans l’ouest de ce groupe de tête, a franchi la ligne virtuelle vers 7h00 et Roland Jourdain (Sill & Veolia) vers 10h00. Avec les deux Britanniques, Alex Thomson (Hugo Boss) et Mike Golding (Ecover), passés jeudi après-midi, tout le premier groupe a déjà changé d’hémisphère. Principal aspect de ce passage dans l’hémisphère sud, les phénomènes météo tournent désormais à l’envers par rapport à l’hémisphère nord. Ce changement impose une petite gymnastique intellectuelle aux solitaires, surtout habitués à naviguer dans l’hémisphère nord, lorsqu’ils vont lire leur carte météo.

Conrad à bord d’Hellomoto il y a quelques jours
Photo Conrad Humprhreys / Hellomoto

La flotte des vingt solitaires, toujours au complet, s’est scindée en trois groupes distincts qui naviguent désormais dans trois systèmes météo différents. Les six de tête (Le Cam, Riou, Josse, Jourdain, Golding et Thomson) naviguent dans les alizés de l’hémisphère sud et pourraient creuser l’écart avec leurs poursuivants dans quelques jours au large de Rio, à la faveur d’une petite dépression naissante. Le deuxième groupe constitue le gros de la flotte. Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) mène ce peloton devant Wavre, Thiercelin, Laurent, Carpentier, Seeten, Moloney, Humphreys et l’Américain Bruce Schwab (Ocean Planet). Les premiers de ce groupe sont sortis ce matin du Pot-au-Noir alors que les derniers subissent encore de gros orages, notamment le gruppetto de l’est (Humphreys, Moloney et Carpentier). Enfin le troisième groupe navigue toujours dans les alizés de l’hémisphère nord et s’apprête à découvrir à son tour les incertitudes météorologiques du Pot-au-Noir. Raphaël Dinelli (Akena Vérandas) mènent ce dernier groupe, talonné par Benoît Parnaudeau (Max Havelaar Best Western). Dans leur sillage, les deux femmes de la course, Karen Leibovici (Benefic) et Anne Liardet (Roxy) se livrent également une belle régate. Finalement, seul Norbert Sedlacek (Brother) fait “bande à part“ à plus de 300 milles derrière le troisième groupe. Isolé dans la course, l’Autrichien est conscient d’être parti pour une « longue route ».

- Nick Moloney (Skandia) : « Sans aucun doute je suis parti trop à l’est. Je me suis fait avaler par une énorme masse de nuages dans le sud des Iles du Cap Vert. Puis le vent a basculé et je suis resté coincé dans cette option. J’aurai dû empanner et partir dans l’ouest. Peut-être trouverai-je un bénéfice à ma position est lorsque je sortirai du pot au noir ? »

- Jean Le Cam (Bonduelle) : « Le passage dans l’autre hémisphère est toujours un moment important. J’avais prévu une bonne bouteille de rouge pour l’occasion et pour Neptune. Sans oublier le bateau. J’ai vu quelques mouettes au large des deux îlots de San Pedro et San Paolo. Ça y est, on commence à rentrer tranquillement dans la course. »

- Vincent Riou (PRB) : « La descente dans l’alizé de sud-est n’est jamais très sympa. On va rester deux jours sur un bateau très gîté, à chercher la vitesse dans une mer courte et à essayer de faire le meilleur gain sur la route. C’est assez sport mais pas très excitant. Je pense que dans 48 heures, on commencera à ouvrir un peu les voiles... »

- Sébastien Josse (VMI) : « J’ai découvert un truc pas mal ! j’ai installé ma bannette sur un angle de 30 degrés pour aller dormir. Lorsque le bateau gîte trop, je tombe et je me réveille pour aller manœuvrer. »

- Anne Liardet (Roxy) : « Ma traversée des îles du Cap Vert pour gagner dans l’ouest m’a rétrogradée au classement. Je m’en veux un peu de n’avoir pas anticipé. Mais je suis depuis bien embêtée par mes problèmes de voiles d’avant. La nuit dernière, la drisse de gennaker a cassé. J’ai pu récupérer mon gennaker parti à l’eau. Mais je vais devoir grimper au mât pour reprendre ma drisse. J’ai tout mon matériel de spéléo à portée de main. J’attends d’avoir une mer plus plate, mais avec toujours un peu de vent pour garder la grand-voile. On est moins secoué en tête de mât sur un bateau qui bouge que sur un bateau immobile. »


Vendredi 19 novembre : Les leaders visent entre l’anticyclone de Sainte-Hélène et une dépression sur les côtes sud-américaines

Avec le vent qui tourne doucement à l’est, les vitesses moyennes sont revues à la hausse. Les solitaires peuvent rouvrir les voiles et retrouver une allure débridée à la fois plus rapide et plus agréable à vivre. Premier à réenclencher l’accélérateur, Jean Le Cam était, au pointage de 16h00, non seulement le plus rapide, mais aussi le plus proche de la route directe. Une nouvelle fois, le “roi Jean“ se recale doucement devant ses poursuivants et laisse peu d’opportunités tactiques à ses adversaires. Plus les concurrents descendent vers le sud, plus le vent doit tourner favorablement vers l’est, puis le nord-est, et ainsi permettre aux 60 pieds monocoques d’accélérer.

Ca mord pour Bilou ! Un poisson volant au menu du bord de Sill & Véolia
Photo Roland Jourdain

Il n’y a plus trois groupes dans ce Vendée Globe. Le passage du Pot-au-Noir a semé la zizanie dans le 2e groupe qui s’est littéralement disloqué. Jean-Pierre Dick et Dominique Wavre (Temenos) ont mis les voiles les premiers et poursuivent toujours le groupe de tête dans l’hémisphère sud. Derrière, Joé Seeten (Arcelor Dunkerque) et Hervé Laurent (UUDS), grâce à des trajectoires bien à l’ouest, ont sauvé les meubles. Ce n’est pas le cas en revanche de Marc Thiercelin (Pro-Form), Nick Moloney (Skandia), Conrad Humphreys (Hellomoto) et Patrice Carpentier. Ces quatre-là ont été sévèrement sanctionnés pour leur route très à l’est, et ne franchiront pas l’équateur avant samedi matin, soit plus de 48 heures après le première ! « C’est le passage du Pot-au-Noir le plus difficile que j’ai jamais connu » avouait Nick Moloney. « Je suis crevé ! J’ai dû dormir trois heures en tout ces trois derniers jours. Mes mains sont tout abîmées par les changements de voile (15 en une journée !). » Maigre consolation pour Marc Thiercelin : les trombes d’eau qui sont tombées depuis quelques jours lui ont permis de refaire le plein d’eau douce. Pour mémoire, le désalinisateur du bord est défaillant depuis plusieurs jours.

- Jean Le Cam (Bonduelle) : « J’ai merveilleusement dormi : 8 heures ! Mais je m’en suis un peu voulu car le classement ne correspondait pas à ce que j’attendais. Nous avons de parfaites conditions pour aller vite vers le Sud. C’est vraiment la partie plaisante de la course. Il fait beau, on a ouvert les voiles et on va vite et surtout, quel bonheur d’être sur ce bateau . Je crois que j’aime bien mon bateau. »

- Joé Seeten (Arcelor Dunkerque) : « Je suis aujourd’hui là où j’ai choisi d’aller il y a trois jours au large des îles du Cap Vert ; Je savais qu’il fallait contourner le Pot-au-Noir par l’ouest. Je ne m’en sors pas trop mal par rapport à ceux restés dans l’est. Quant à la suite de la course, je crois qu’il faut être réaliste et constater qu’il sera très difficile de revoir la tête de la course. Les écarts sont aujourd’hui équivalents à deux journées de navigation... »


Samedi 20 novembre : La bande des 4 de Port-Laf devrait buter sur l’anticyclone de Sainte-Hélène à partir de dimanche soir

L’anticyclone de Sainte-Hélène réserve bien des surprises aux concurrents. En se replaçant au milieu de l’Atlantique Sud, il repousse la petite dépression sud-américaine et referme du même coup le petit “trou de souris“ par lequel les premiers auraient aimé s’engouffrer pour rejoindre les 40es sud. Cette évolution météorologique pour la journée de lundi rouvre le jeu Jeu #jeu . « Le schéma météo change. C’est bien pour la course. Cela va relancer l’intérêt des débats » avouait pince-sans-rire Jean Le Cam. « C’était trop beau pour durer. Nous arrivons 24 heures 24 heures Record de distance parcourue sur 24 heures trop tard » a ajouté Sébastien Josse (VMI). Les premiers vont ralentir et vont devoir se gratter la tête pour trouver la bonne trajectoire, qui ne sera pas forcément la ligne droite. Cela pourrait profiter à Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec) et Dominique Wavre (Temenos) qui voient là l’occasion de recoller au groupe de tête.

A l’arrivée de la Transat Anglaise, en juin dernier, une inquiétude pointait, à quelques mois du départ du Vendée Globe. Il n’y avait aucun Français dans les cinq premiers à l’arrivée à Boston. Aujourd’hui, au 13e jour de course du Vendée Globe, il est intéressant de noter que non seulement les quatre premiers sont Français, mais qu’en plus ils sont tous issus de la même formation de figaristes de Port-La Forêt. Une anecdote que s’est fait plaisir à rappeler Jean Le Cam (Bonduelle), le chef de file, en jouant aux devinettes lors de la vacation du jour : « Quel est le point commun entre les quatre premiers actuellement ? » a demandé Jean. Réponse : Port-La Forêt, son centre d’entraînement et un fameux bar bien connu des marins locaux...Formés sur tous les aspects de la course au large, les quatre premiers ont notamment appris, grâce à la Solitaire du Figaro Solitaire du Figaro #LaSolitaire , à gérer la pression, quelle qu’elle soit. La pression d’être en tête pour Jean Le Cam, comme la gestion de l’erreur à rattraper pour Roland Jourdain (Sill & Veolia).

- Jean Le Cam (Bonduelle) : « Le schéma météo change. C’est bien pour la course. Cela va relancer l’intérêt des débats (rire). Bon, on ne va pas s’échapper avec cette option, mais derrière, cela va faire du dégât. »

- Vincent Riou (PRB) : « Jean a accéléré ce matin. Il creuse un peu, mais ce n’est pas dramatique. On descend vite vers une situation météo délicate. Le jeu Jeu #jeu va s’ouvrir. Il y aura des petits coups à jouer. Bien sûr, mes petits camarades seront là aussi pour les jouer. Il faudra être vigilant. Les prochaines 36 heures sont claires, avec de la vitesse au menu. Après, j’aurai peut-être moins d’expérience que d’autres pour appréhender les systèmes météos que nous allons rencontrer. Cela dit, nous nous connaissons tous bien depuis nos nombreux Figaro. Je me méfie de tout le monde, mais je connais les habitudes des « Figaristes ».

- Sébastien Josse (VMI) : « C’était trop beau pour durer ; L’anticyclone se replace devant. Nous arrivons 24 heures trop tard. Encore une journée tranquille et il sera temps d’aviser. Je passe près de 5 à 6 heures à la table à cartes chaque jour pour observer l’évolutions des systèmes météo. On fait travailler les méninges. Mais sans stress car nous serons tous manger à la même sauce. Pour l’instant, j’essaie de tenir le rythme de Bilou et de Jean (Le Cam).

- Roland Jourdain : (Sill & Veolia) : « Tout le monde accélère. La mer s’aplatit et s’oriente mieux. Ce sont de beaux et grands moments de navigation. La nuit dernière était exceptionnelle, avec un peu de lune et une glisse dans 20 nœuds de vent... comme au cinéma. Le bateau glisse tout seul sous pilote. Je fais ma ronde sur le pont pour reprendre un ou deux réglages et vérifier l’usure du matériel. Le pont bombé de Sill & Veolia m’épargne la corvée de ménage ; les poissons volants retombent tout seul à l’eau. Je fais beaucoup tourner mes programmes de routage pour voir si l’on va bloquer devant. Ce serait dommage que seul Jean s’en sorte... »


Dimanche 21 novembre : Alex Thomson et Roland Jourdain réalisent les meilleures progressions

Les conditions propices à la vitesse sont toujours d’actualité pour les trois quarts de la flotte. De Jean Le Cam (Bonduelle), leader serein- solide depuis déjà 8 jours, à Bruce Schwab (Ocean Planet) 15e, les bateaux du Vendée Globe s’ébrouent dans un vent idéal en force, 15/20 nœuds, et en direction, (plus Est pour les concurrents situés au Nord et Nord Nord-Est pour les leaders). Les chiffres traduisent l’embellie des compteurs, avec des mentions spéciales à décerner peut-être aux sieurs Dick (Virbac Paprec) et Thomson (Hugo Boss) flashés respectivement à 18,1 et 17 nœuds de vitesse instantanée au cours de la nuit. Les bateaux gitent, et les hommes cogitent ; a 220 milles devant les étraves de Bonduelle, les îlots de Martin Vaz et Trinidade semblent encore balayés par les miasmes de la dépression. Ce sont ces vents forts orientés Nord Ouest qui vont toute la journée mobiliser l’attention des 6 leaders.

Rg Nom Skipper Dist Arr Ecart Vmg Vit moy Cap moy
- 1 BONDUELLE JEAN LE CAM 19935,0 0,0 10,2 10,6 153
- 2 PRB VINCENT RIOU 19947,0 12,0 14,2 14,7 153
- 3 VMI SEBASTIEN JOSSE 19976,8 41,8 12,2 14,1 170
- 4 SILL ET VEOLIA ROLAND JOURDAIN 19989,4 54,3 12,8 14,9 170
- 5 ECOVER MIKE GOLDING 20031,3 96,3 11,8 12,4 159
- 6 HUGO BOSS ALEX THOMSON 20063,5 128,5 14,3 15,6 163
- 7 VIRBAC-PAPREC JEAN-PIERRE DICK 20218,6 283,6 11,5 14,1 175
- 8 TEMENOS DOMINIQUE WAVRE 20271,2 336,2 10,9 12,5 171
- 9 UUDS HERVE LAURENT 20330,1 395,0 9,8 13 186
- 10 ARCELOR DUNKERQUE JOE SEETEN 20331,8 396,8 11,0 13,3 177
- 11 HELLOMOTO CONRAD HUMPHREYS 20343,2 408,2 10,8 11,5 163
- 12 SKANDIA NICK MOLONEY 20344,1 409,1 11,4 12,2 163
- 13 PRO-FORM MARC THIERCELIN 20353,2 418,2 10,5 11,8 170
- 14 VM MATERIAUX PATRICE CARPENTIER 20415,9 480,9 8,1 13,2 195
- 15 OCEAN PLANET BRUCE SCHAWB 20465,3 530,3 9,0 11,2 178
- 16 AKENA VERANDAS RAPHAEL DINELLI 20726,7 791,7 6,8 9,2 191
- 17 MAX HAVELAAR BEST WESTERN BENOIT PARNAUDEAU 20744,5 809,5 6,5 9,3 195
- 18 ROXY ANNE LIARDET 20774,8 839,8 6,3 7,6 185
- 19 BENEFIC KAREN LEIBOVICI 20798 863 5,2 9,9 207
- 20 BROTHER NORBERT SEDLACEK 21056,7 1121,7 7,2 7,6 171



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