SeaSailSurf®

Du grand large à la plage : Toute l’actualité des sports de glisse depuis 2000

Classe Imoca

11th Hour Racing : Le premier IMOCA conçu dans l’optique de la navigation en équipage

mardi 10 août 2021Redaction SSS [Source RP]

La naissance de chaque IMOCA Imoca #IMOCA est un moment très attendu car l’élaboration de nouveaux designs fait toujours franchir une étape dans l’ère des monocoques à foils. Là encore, le nouvel 11th Hour Racing attire l’attention de tous.

En effet, cette machine volante conçue par l’architecte Guillaume Verdier et qui sera skippée dès cet automne par Charlie Enright et Pascal Bidégorry sur la Transat Jacques Vabre Transat Jacques Vabre #TJV2015 , est le premier IMOCA Imoca #IMOCA à avoir été conçu dans l’optique de la navigation en équipage.

Le team d’11th Hour Racing a un objectif clair : la participation à The Ocean Race 2022-23. Aussi, le design team, dirigé par Guillaume Verdier et Hervé Penfornis, avait pour cahier des charges la conception d’un bateau qui puisse être poussé 24 heures 24 heures Record de distance parcourue sur 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 par un équipage de quatre à cinq personnes, tout en étant bien adapté au format singulier de The Ocean Race : un tour du monde dans des conditions très variées.

Charlie Enright est impatient de commencer à naviguer à bord de ce nouvel IMOCA Imoca #IMOCA multicolore tout juste sorti du hangar de CDK Technologies à Port-la-Fôret ce week-end. L’Américain qui a déjà participé deux fois à The Ocean Race (2014-15 avec Team Alvimedica et 2017-18 avec Vestas-11th Hour Racing), n’hésite pas à comparer ce nouveau bateau à la fameuse « Batmobile ».

A la découverte du bateau, la première impression est une plateforme avec une aérodynamique très lissée, dans la continuité de ce qui avait déjà été fait sur l’ancien HUGO BOSS (2016), un plan VPLP-Verdier désormais aussi aux couleurs de 11th Hour Racing et actuellement en course sur le Fastnet avec Justine Mettraux et Simon Fisher. La nouvelle carène est également dotée d’une étrave de type ‘scow’ (c’est-à-dire arrondie, dans la veine du plan Sam Manuard, L’Occitane en Provence) ainsi que d’un bouchain prononcé et d’un grand cockpit presque entièrement fermé, avec des ponts latéraux de taille réduite au strict minimum.

Les premières photos ne nous montrent pas la disposition du cockpit, la forme des foils ou la disposition du bateau à l’intérieur, où de nombreuses avancées significatives ont été apparemment réalisées afin d’accueillir la vie en équipage.

« Espérons que la forme de cette coque sera une belle évolution du bon travail déjà réalisé par Guillaume (Verdier) », résume Charlie Enright. « Je pense que cette nouvelle paire de foils sera aussi assez radicale et différente de ce que l’on peut voir sur les autres bateaux aujourd’hui. »

« J’espère que nous avons pris les bonnes décisions quant à la forme de coque, des foils et de l’aérodynamisme, » ajoute-t-il. « En ce qui concerne les choix techniques réalisés pour l’équipage, ils sont encore assez peu éprouvés. Le volume du cockpit, sa disposition et l’ergonomie ont pris une part importante du développement. »

Le profil de l’étrave a pour but de maintenir le bateau au maximum hors de l’eau. « Nous essayons de maintenir l’étrave largement hors de l’eau lorsque nous naviguons portant VMG, tout en essayant de ne pas perdre la puissance à la ligne de flottaison et la facilité au reaching (90° du vent) qui a fait le succès de Guillaume dans le passé », détaille Charlie.

L’objectif était de faire un IMOCA qui puisse être compétitif dans un large éventail de conditions. « Nous n’avons pas conçu ce bateau pour le Vendée Globe, nous avons donc essayé d’en faire un bateau polyvalent », poursuit-il. « Sur le Vendée Globe, vous avez un départ et une arrivée, alors que sur The Ocean Race, il y en a 10 de chaque ! »

Guillaume Verdier, qui a collaboré sur ce projet avec Véronique Soulé, Romain Garo, Morgane Schlumberger, Loïc Goepfert et Jeremy Palmer, a le même discours. « Nous essayons toujours de garder une longueur de ligne de flottaison maximale pour être bons dans les transitions, dans les vents légers et au reaching également », confie-t-il à la Classe IMOCA. « Et comme on cherche aussi à limiter l’enfournement, on veut finalement toujours faire du deux-en-un ! »

« Beaucoup repose sur la question du bon centre de gravité et de la portance dynamique à l’étrave », ajoute-t-il. « Avec ce bateau, vous verrez un nouveau type d’étrave et pas seulement en forme de section mais très différente de ce qui a été fait avant. »

Concernant les foils, Charlie Enright explique qu’ils seront entièrement rétractables, de sorte que lorsque le bateau sera à plat, ils seront hors de l’eau. « Certains bateaux ont encore une partie de leurs foils dans l’eau lorsqu’ils ne gîtent pas, » déclare-t-il. « Il était important pour nous que ce ne soit pas le cas, même si on ne peut pas complètement tout escamoter. »

La disposition du cockpit et de l’intérieur a été conçue pour permettre à un équipage complet de travailler ensemble pendant les manœuvres, tout en ayant suffisamment d’espace pour le faire efficacement. Pour Guillaume Verdier, le bateau - qui dispose de plus de winches que les IMOCA récents - semble bien plus spacieux que tous les autres.

« Il n’est pas si différent », affirme-t-il. « Mais il est un peu plus fonctionnel. Il y a plus de winches et un peu plus d’espace - vous serez surpris de voir à quel point il est spacieux ! Lorsque vous êtes à l’intérieur, vous avez l’impression d’être dans un grand bateau et pas dans un IMOCA. »

Charlie Enright a le même son de cloche, « Nous avons fait en sorte qu’un groupe de personnes puisse travailler indépendamment dans tout le bateau pendant une manœuvre", déclare-t-il. "Quand on aura tout le monde sur le pont, l’espace sera suffisant pour que chacun puisse bien travailler. »

Le skipper américain nous a également parlé de la structure supplémentaire au fond du bateau. Cela reflète bien tout l’enjeu de construire un IMOCA qui puisse être poussé plus fort qu’un bateau conçu pour le solitaire. La structure a donc été renforcée là où tape le plus le bateau (zone de slamming) afin de pouvoir naviguer vite dans des conditions de vent fort.

Le système de matossage est un autre domaine dans lequel le bateau est innovant, nous fait remarquer Charlie Enright. Il semble qu’il ait été pensé pour faciliter le déplacement du poids mort. « Nous nous sommes vraiment penchés sur le système de matossage, que ce soit pour déplacer le poids, de gauche à droite, comme d’avant en arrière, » explique-t-il.

En parlant avec Charlie Enright et Guillaume Verdier, on sent que ce projet a demandé une quantité de travail phénoménale. C’est également le cas sur le jeu Jeu #jeu de voiles, où l’équipe a effectué un travail très poussé sur les différentes combinaisons de garde robe ainsi que sur le poids des voiles et leurs structures. Ils espèrent que cela permettra d’avoir un bateau redoutable, à la fois en configuration équipage complet ou réduit.

Le skipper espère que ce nouvel 11th Hour Racing n’est que le premier d’une nouvelle génération de bateaux construits pour la course en équipage mais tout aussi compétitifs en double ou même en solitaire. « J’espère que ce sera le coup d’envoi et qu’il y en aura d’autres, » affirme-t-il.

« Nous pouvons dès cette année mener ce bateau de façon compétitive en double et ainsi montrer qu’il n’y a pas forcément de compromis à faire. Une fois que nous commencerons à régater en configuration ‘full’ équipage, je pense que nous serons satisfaits de notre choix. Bien qu’il n’y ait eu que cinq IMOCA sur The Ocean Race Europe en juin, les participants ont adoré et, s’ils avaient pu faire plus, ils l’auraient fait. Nous n’étions pas nombreux, mais il faut bien commencer quelque part et ceux qui étaient présents, n’en tirent que du positif. »

Guillaume Verdier insiste à son tour sur la polyvalence du bateau. « J’espère qu’il y aura d’autres bateaux comme celui-ci », déclare-t-il. « C’est une façon intelligente de procéder et j’espère que cela ouvrira la porte à The Ocean Race. C’est malin car si vous voulez l’utiliser en solitaire, il vous suffit d’enlever un ou deux winches, quelques systèmes hydrauliques ou autres pour alléger le poids du bateau et c’est parti... vous avez un bateau presque identique, mais avec plus d’espace. »

Dès le début, ce projet a été imprégné de l’engagement de 11th Hour Racing en matière de développement durable, de pratiques de pointe sur ces thèmes et d’adhésion aux nouvelles règles de jauge de la Classe IMOCA. Du début de la conception à la fin de la construction, un groupe de travail dédié à mis en œuvre cet engagement.

Parmi les initiatives prises, citons un programme de compensation des émissions de carbone, la commande d’examens de matériaux alternatifs et de tests de bio composites. De plus, une analyse du cycle de vie complète a été réalisée afin d’identifier les points sensibles ainsi qu’un audit sur la fabrication, la gestion des déchets, la consommation d’eau et d’énergie, le recours à des programmes de reprise des emballages et la conception des moules et des maquettes dans une optique de déconstruction. L’équipe a également étudié des matériaux alternatifs, en adoptant une approche de bio-mimétisme pour certains aspects de la conception, notamment en testant des structures de lin et de nervures de feuilles pour des applications telles que les panneaux de pont, les trappes de cloison et les pad-eyes.

Amy Munro, responsable développement durable au sein d’11th Hour Racing Team, a mis en place le programme Toolbox de l’équipe, permettant ainsi aux autres entreprises et équipes de bénéficier, si elles le souhaitent, des mesures prises par l’équipe américaine, au travers d’une série de guides pratiques. « Pour nous, il s’agit de montrer ce qui peut être fait et d’essayer, grâce à cela, d’ouvrir la voie pour que les autres puissent suivre le mouvement », déclare-telle.

Ed Gorman


- Communiqué Mer & Media / www.imoca.org



A la une